COVID-19: le nombre d’arrêts cardiaques a explosé pendant le confinement

Rappelez-vous le 30 mars et ma chronique intitulée: «COVID-19: ne négligez pas les autres symptômes». Dedans, je relayais les préoccupations des professionnels sur le risque de surmortalité non lié au coronavirus. En effet, même si la pandémie nous inquiète tous, il ne faut pas oublier que les autres maladies ne sont pas en pause. Le moment n’est  pas venu de négliger les autres bobos et il faut continuer d’aller voir son médecin si vous avez des inquiétudes.

Mais cette mise en garde du monde de la santé n’a pas été écoutée partout. Nos cousins français semblent avoir préféré l’intérieur rassurant de leur maison à l’angoisse de se rendre dans la salle d’attente d’un  médecin ou d’un service d’urgences. Une attitude très risquée qu’ils ont visiblement payée au prix fort.

Des travaux menés par les chercheurs français de l’Inserm Eloi Marijon et Nicole Karam au Centre de Recherche Cardiovasculaire de Paris, en collaboration avec la Brigade des sapeurs-pompiers de Paris, ont évalué l’impact de la pandémie sur le nombre et le pronostic des arrêts cardiaques recensés en région parisienne.

Publiée dans le Lancet Public Health, la recherche montre que sur les neuf dernières années, le nombre d’arrêts cardiaques était resté stable dans la région du Grand Paris, mais qu’il a fortement augmenté au cours des six premières semaines du confinement (du 16 mars au 26 avril 2020). Les données présentées dans l’étude révèlent qu’il a même doublé par rapport à la même période lors des années précédentes.

En détail, au cours des six semaines étudiées par les scientifiques, 521 arrêts cardiaques hors hôpital ont été identifiés en région parisienne, soit un taux de 26,6 arrêts pour un million d’habitants. Entre 2012 et 2019 à la même période, ce taux était de 13,4 arrêts cardiaques pour un million d’habitants.

Si le profil démographique des patients parisiens a peu évolué, l’étude suggère que la prise en charge initiale et le pronostic immédiat de ces cas ont par contre considérablement changé pendant le confinement. Plus de 90% des arrêts ont eu lieu à la maison, avec des témoins beaucoup moins enclins à initier un massage cardiaque et des délais d’intervention plus longs. Cela s’est fatalement traduit par un taux de survie plus faible des patients à l’arrivée à l’hôpital.

Sur la période du confinement explorée par les chercheurs, seuls 12,8 % des patients identifiés étaient vivants à l’admission, contre 22,8 % à la même période les autres années.

«L’arrêt cardiaque extrahospitalier est un marqueur particulièrement intéressant, multifactoriel, qui nous permet d’évaluer en quelle mesure la communauté tout entière a été impactée par cette pandémie», explique le professeur Eloi Marijon dans un communiqué de presse. Les auteurs estiment ainsi que 33% du surplus des décès observés est directement lié à la pandémie de la COVID-19.

Pour expliquer les autres deux tiers, l’équipe avance plusieurs hypothèses: le suivi moins régulier des personnes cardiaques et/ou présentant des facteurs de risque pendant l’épidémie, la saturation de la médecine de ville et des services préhospitaliers/hospitaliers, et les changements comportementaux de certaines personnes pendant cette épreuve de confinement bien particulière pour tous.
Dit plus clairement, on apprend qu’il y a eu une rupture du suivi médical de nombreux patients, parce qu’ils n’ont pas pu consulter leur médecin, qu’ils ont craint de gêner les praticiens (d’où un retard à l’appel), ou eu peur, pour certains, d’être contaminés à l’hôpital, révèle le Pr Marijon à l’Agence France Presse (AFP).

En plein déconfinement «nos résultats permettent de mieux appréhender les conséquences de cette crise, les leçons à tirer, également pour mieux réagir en cas de 2e vague. Ils rappellent qu’il est plus que jamais nécessaire de trouver un équilibre afin d’assurer outre la prise en charge de l’épidémie, le suivi des autres malades. Tout le monde est concerné», rappelle la Dre Nicole Karam.

Une augmentation de l’incidence des arrêts cardiaques a, c’est vrai, été observée ailleurs: à New York, en Californie ou en Italie. Dans ce dernier pays, c’est le cas notamment en Lombardie, qui a aussi été confrontée à une surcharge des soins.

Conclusion, prenez soin de votre santé. Et de votre cœur en premier lieu.

À ce sujet, j’espère ne pas vous créer une peine de cœur en  vous informant que ma chronique va s’absenter quelques semaines pour une pause estivale. Mais c’est avec plaisir que je vous retrouverai à la rentrée. Je ne pense pas trop m’avancer en disant que l’actualité risque d’y être très chargée pour un chroniqueur santé. Si seulement mon petit doigt pouvait me dire que la COVID-19 ne sera plus qu’un mauvais souvenir… Rendez-vous bientôt pour en parler.

En attendant, je vous souhaite à tous un bel été dans notre douce Acadie et surtout, restez prudent.