Ubu roi à Washington!

«Quand on commence à piller, on commence à tirer.» C’est le message épeurant que le bouffon de la Maison-Blanche a servi au peuple américain, cette semaine.

Faisant allusion aux molosses qui protègent la Maison-Blanche, menaçant de déclarer «terroriste» la mouvance de l’ultra gauche Antifa américaine, le bonhomme Trump en a tellement rajouté que Twitter a, pour la première fois, signalé négativement quelques-uns de ces gazouillis.

Certains médias américains avancent même qu’il aurait ainsi disséminé aux quatre vents plus de 18 000 mensonges depuis son arrivée à la présidence!

Comme si cela ne suffisait pas à camoufler sa peur, il s’est livré lundi soir à une mise en scène hollywoodienne – à ce point pathétique qu’on serait en droit de la juger pathologique –, en faisant charger la foule de manifestants devant la Maison-Blanche par des forces militaires et policières, avec gaz lacrymogène et balles de caoutchouc, juste au moment où il s’apprêtait à ânonner devant les télés du monde entier, sur les pelouses du Rose Garden, un laïus haut en intimidation autoritaire et en menaces belliqueuses, jurant qu’il serait celui qui ferait respecter «la loi et l’ordre» dans le capharnaüm de cette quasi-insurrection américaine!

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Ensuite, pour bien montrer sa «force», il a marché, torse bombé, entouré d’une garde prétorienne, comme un caïd de la mafia, depuis la Maison-Blanche jusqu’à la petite église historique de St. John, située tout près, et fréquentée par les présidents depuis deux siècles.

Ce n’était pas pour se recueillir ou pour sympathiser avec ses compatriotes: c’était pour se faire photographier, l’air benêt, devant les vitraux barricadés de l’église, en brandissant une bible…

Oui, Ubu roi s’est installé à Washington!

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Lundi, le frère de George Floyd – mort la semaine dernière, menotté, le cou écrasé par le genou d’un flic sans cœur, sous le regard impavide de ses trois confrères insignifiants, et dont le décès a causé ces manifestations –, a invité, avec beaucoup d’émotion, toutes les personnes de bonne volonté qui souhaitaient exprimer leur colère devant les exactions policières de le faire de manière pacifique, dans le respect et la dignité.

Quel contraste avec l’énergumène qui préside actuellement à la destinée du pays! Lui qui raffole tant de tout ce qui est «plus grand, plus gros, plusse meilleur et plus beau» et qui est joliment mal emmanché au moment où s’engage la prochaine élection présidentielle: économie délétère, taux de chômage vertigineux, harmonie sociale volée en éclats, guerre idéologique ou commerciale avec les plus grands partenaires du pays!

Bref: une présidence ratée. Une autre erreur de l’Histoire. Une autre tache noire souillant déjà l’avenir.

Certes, le mozusse de virus n’a pas arrangé les choses: il aura, entre autres, servi à démontrer que les États-Unis ne sont plus qu’un colosse aux pieds d’argile.
Ils ne pouvaient pas avoir un pire président au pire moment.

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Le meurtre de George Floyd sera peut-être cette fameuse goutte qui fait déborder le vase. Les Noirs américains, et de plus en plus de Latinos, en ont assez des exactions policières racistes, souvent pieusement camouflées sous le vocable de «bévues», alors qu’il s’agit bel et bien de crimes – sinon systémiques du moins systématiques – contre la personne, et trop souvent perpétrés par des «agents de la paix» qui ont oublié le sens même de leur fonction et de leur engagement, agissant de plus en plus comme des milices mercenaires au service du plus fort. C’est dégueulasse.

Certes, bien que l’on puisse comprendre la rage des uns et la colère des autres, on ne peut pas cautionner le pillage de commerces et le vandalisme bête auxquels se livrent certains casseurs infiltrés dans la foule qui manifeste légitimement contre le racisme, la discrimination et les injustices sociales.

Ce qui est le plus triste dans ces actes regrettables, c’est qu’ils font dévier l’attention générale sur des actes de violence alors qu’à l’origine, ces manifestations sont justement organisées pour dénoncer la violence sous toutes ses formes. C’est plate en titi de voler ainsi la vedette à des simples citoyens qui osent exercer un droit fondamental, celui de la liberté d’expression démocratique, contrairement à ceux qui profitent de la tolérance générale pour en abuser.

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NOTRE CHÈRE MARIE-ÉLISA

Tous les adieux sont tristes. Mais certains sont plus cruels que d’autres. Comme le départ de Marie-Élisa Ferran, figure très connue au Madawaska et en Acadie pour son long et fructueux engagement dans les milieux de l’éducation et des arts, autant que pour son enracinement dans la culture de chez-nous.

Née dans la belle petite commune de Saint-Martin-d’Oydes, en Ariège, en région occitane, en 1944, elle apportait dans son baluchon son accent chantant, sa verve, une histoire, un appétit féroce pour la vie et tout l’amour du monde.

Ceux et celles qui la pleurent aujourd’hui, pleurent sa bonté, sa franchise, sa générosité, son ouverture d’esprit inspirante, son dévouement silencieux, sa discrétion légendaire. Je pleure aussi son écoute, quand elle s’amusait de mes frasques, ou me fustigeait gentiment de les avoir commises…

Je pleure sa tendresse complice quand je m’exclamais sur l’histoire de son coin de pays et qu’elle prenait plaisir à la partager avec moi. C’est elle qui m’apprit, heureuse de son fait, qu’un pape était né à Saverdun, Jacques Fournier, futur Benoît XII à qui l’on doit une grande partie du palais des papes d’Avignon!

Bizarre coïncidence, nous en avions parlé tout récemment, alors que je suis à lire des romans sur les persécutions contre l’hérésie albigeoise qui eurent lieu à la fin du Moyen-Âge dans sa région du Midi de la France! On y parle justement de Jacques Fournier, alors évêque de Pamiers, situé tout près du village de Marie.

Marie était justement mon héroïne de roman! Et elle est partie comme une héroïne qui quitterait subitement un roman passionnant avant la fin de l’histoire, nous laissant ce goût doux-amer d’avoir adoré le roman de notre aventure et de regretter, le cœur brisé, d’arriver à la fin de l’histoire sans elle.

Adieu, Marie. À Dieu!