Racisme ordinaire

Il y a des années, j’ai passé presqu’une semaine dans la communauté Innu de Davis Inlet, au Labrador. Des dizaines de journalistes de partout au pays y étaient aussi pour couvrir une partie de bras de fer entre le ministre provincial de la Justice et la Nation Innu. Ce que j’ai observé chez certains de mes collègues, durant ce voyage, me hante encore: Il y avait d’abord ce «nous» et ce «eux, les Innus». Clairement, nous n’étions pas les mêmes Canadiens et Canadiennes.

Pourtant, les Innus avaient à cœur de nous montrer qui ils étaient vraiment. Certains de mes collègues avaient même été invités à une cérémonie traditionnelle. Bien sûr, m’expliquèrent-ils, ils avaient refusé par peur d’être influencés par la suite dans leur reportage. Quand je leur avais fait remarquer qu’ils ne se posaient pas cette question quand leurs sujets étaient blancs et qu’ils sautaient sur ce genre de chance, ils m’avaient regardée drôlement!

Quand la crise fut apaisée et que les avions purent venir nous chercher, je regardais horrifiée mes collègues se battre pour monter sur les avions, exprimant crûment leur désir de déguerpir au plus vite de Davis, comme si les Innus qui nous avaient accueillis ne comprenaient pas l’anglais. C’était violent et injuriant.

J’ai pris le dernier avion. J’étais la seule blanche à bord avec toute la communauté Innue de Sheshatsiu qui retournait, elle aussi, chez elle. Au moment de débarquer à Happy Valley, je m’avisais qu’un enfant avait été oublié. Il dormait. Je le pris dans mes bras et descendis. Une longue file marchait devant moi vers l’aérogare. À la porte, un commissionnaire regarda chacun d’entre eux passer sans dire un mot, comme s’il ne voyait rien. Jusqu’à ce que j’arrive près de lui. Croyant d’abord que j’étais une Innue il m’ignora puis, s’avisant que j’étais blanche, il sourit et me lança un chaleureux «bonsoir».

Ce jour-là, j’ai eu honte d’être blanche.