Just Mercy: révoltant

On entend beaucoup parler de racisme systémique depuis le meurtre de George Floyd aux mains d’un agent de police du Minnesota, le 25 mai. Mais concrètement, qu’est-ce que cela signifie? Le fait de voir Just Mercy vous aidera à mieux comprendre.

Réalisé par Destin Daniel Cretton (Glass Castle), Just Mery n’est pas vraiment une nouveauté.

L’oeuvre, qui met en vedette Michael B. Jordan, Brie Larson et Jamie Foxx, a été lancée officiellement en salle le 10 janvier.

Après une performance modeste aux guichets (36 millions $ en Amérique du Nord pour un budget de 25 millions $), le film est rapidement tombé dans l’oubli.

Si je vous en parle aujourd’hui, c’est qu’en raison de la résurgence du mouvement antiraciste américain, Warner Bros a décidé d’offrir l’oeuvre – qui est inspirée de faits vécus – gratuitement sur une vingtaine de plateformes, dont YouTube, Amazon, iTunes et Google Play.

L’offre n’est malheureusement pas valide au Canada, mais il est quand même possible de louer une copie digitale du film pour moins de 7$ sur les applications ci-haut mentionnées.

Et croyez-moi, ça vaut la peine d’investir un peu. Tout d’abord parce qu’un film de cette qualité nous change du cinéma préfabriqué que nous offre Netflix depuis le début du confinement. Mais surtout, parce qu’on sort du visionnement transformé.

Johnny D

Bryan Stevenson (Jordan) est un jeune avocat noir ambitieux, diplômé de Harvard.

Assoiffé de justice sociale, il emménage en Alabama en 1989 pour ouvrir une clinique juridique qui vient en aide aux criminels pauvres qui pourraient avoir été condamnés à tort.

Au nombre des clients de Stevenson, on retrouve un certain Walter McMillian, alias Johnny D (Foxx).

McMillian, un Noir, a été trouvé coupable du meurtre d’une jeune femme blanche. Le juge Robert E. Lee (ça ne s’invente pas…) l’a condamné à la peine de mort.

Or, plus Stevenson étudie le cas de Johnny D, plus il réalise que son client a été condamné à tort par un système judiciaire gangrené par le racisme.

Révoltant

Just Mercy nous transporte dans une Amérique corrompue à la moelle par des hommes aveuglés par leur haine envers les minorités.

C’est révoltant de voir des agents de police mettre des hommes noirs en joue sans raison ou un juge blanc envoyer un noir dans le couloir de la mort «parce qu’il a l’air coupable».

Just Mercy, grâce au jeu formidable de son trio de tête et un scénario bien ficelé, ne ménage pas les effets pour nous faire comprendre, que comme le souligne McMillian, dans le Sud, «les Noirs sont coupables dès le moment de leur naissance».

Dans certains de ces États, policiers, shérifs, avocats, procureurs, gardiens de prison et même juges ont mis sur pied une structure dans laquelle ils se sont donné le pouvoir d’être au-dessus des lois face aux minorités.

Pire, 30 ans plus tard, cette structure existe toujours. Tout simplement répugnant.

(Quatre étoiles sur cinq)

 

La Corazonada: départ en lion, fin en mouton

Quinze minutes après le début du film argentin La Corazonada (Intuition), j’avais le sentiment d’être tombé sur un petit bijou de polar. Malheureusement, la sensation n’a pas duré.

Tout avait pourtant si bien commencé alors qu’on est propulsé au coeur d’une enquête sur la disparition de deux jumelles en Argentine.

L’affaire est auréolée d’une forte ambiance religieuse et une des disparues est retrouvée les bras en croix, toute vêtue de blanc, devant une statue de la Vierge Marie.

À ce moment, j’ai écrit dans mon petit carnet de notes le mot «Seven», en raison de la noirceur du ton et des images, au sens propre comme au sens figuré. La comparaison avec l’oeuvre culte de David Fincher s’est toutefois arrêtée là.

Par la suite, La Corazonada (Netflix) se transforme en un polar très banal porté par des comédiens qui semblent avoir été choisi davantage pour leur apparence que pour leur talent.

Pipa (l’ancien mannequin Luisana Lopilato) y incarne une jeune policière. Un jour, elle est appelée en renfort dans une enquête sur la disparition des jeunes jumelles.

Son talent n’échappe pas à l’inspecteur Francisco Juanez (Joaquín Furriel), qui lui demande d’intégrer son équipe.

Alors que le duo enquête sur le meurtre de la fille d’un homme très riche, le patron de Pipa lui demande de garder un oeil sur Juanez, qui est soupçonné d’avoir récemment assassiné un jeune qui avait abattu sa femme par accident il y a quelques années.

Trois enquêtes

En gros, La Corazonada consiste en trois enquêtes menées de front.

Heureusement, tout est présenté de façon claire, à condition de bien suivre (j’y suis parvenu, même en écoutant la version originale espagnole sous-titrée en français).

Chacune des enquêtes est toutefois assez convenue et affiche l’absence de complexité de celles que l’on voit dans des émissions du calibre de CSI et Criminal Minds.

Bref, ça manque un peu d’originalité et d’audace. Et la quasi-absence d’émotions exprimées par les personnages principaux n’aide en rien à élever la tension.

Reste qu’au-delà de tout ça, c’est la finale qui est la plus décevante. En plus d’être prévisible, elle est moralement incompréhensible.

Pipa fait face à un choix et elle opte pour l’option ‘‘feel good’’, contraire à tout ce qu’elle a défendu dans les deux heures précédentes.

Décevant, mais tellement symbolique pour un film dont la qualité diminue à vue d’oeil après un départ pourtant prometteur…

(Deux étoiles et demi sur cinq)