Adieu à Muriel Roy

Muriel Roy nous a quittés dans sa 100e année. Personne, parmi ceux et celles qui la connaissaient, ne s’étonnera qu’elle ait frisé le centenaire. Elle était faite pour durer! Il y avait chez elle, même quand je l’ai connue, à un âge déjà avancé, une présence imposante qui laissait deviner sous les rondeurs, le sourire et l’abord facile et avenant, une force de caractère remarquable et une grande endurance.

Il lui avait fallu toute une épine dorsale dans sa vie: pour faire de grandes études à une époque où les femmes n’étaient pas les bienvenues, pour diriger pendant dix ans le Centre des Archives acadiennes, pour lutter pour sauver le monument Lefebvre ou Grand-Pré, pour siéger au sein du comité d’enquête sur les expropriés de Kouchibouguac, pour ne nommer que ça.

Ce qui lui a permis de résister et d’avancer? Un sens aigu de l’importance de l’action individuelle dans la société acadienne, une rigueur sans failles dans l’analyse des situations et, finalement et peut-être surtout, un sens de l’humour très britannique et une appréciation pour le ridicule que nous réserve souvent la vie.

C’est elle qui un jour avait demandé à parler au directeur d’un supermarché de Moncton après avoir constaté que les étiquettes de prix et autres détails de vente pour les fruits et légumes étaient en gros caractères en anglais et minuscules en français.

«Je lui ai dit que j’étais désolée que sa clientèle anglaise ait de tels problèmes de vue! Il n’a pas compris, alors je lui ai montré les étiquettes et j’ai expliqué que si les Acadiens pouvaient lire ce qui était écrit si petit, c’est sûrement que les Anglais avaient besoin de lunettes.»

Elle était ravie de son coup! Elle en riait encore en me le racontant.

Muriel était de la poignée de celles et ceux qui ont porté l’Acadie tout au long de ce que Gilbert Finn appelait «de bien longs portages». Merci pour tout.