Deux denrées ont fait parler d’elles pendant la pandémie: le pain et le vin. On aurait cru que l’Acadie avait adopté le régime méditerranéen. Ce qui préoccupait les gens, ce n’était pas de manquer de chips ou de boissons gazeuses, mais le pain et le vin étaient devenus essentiels.

On s’est mis à faire du pain. Tellement, qu’il manquait de levure dans certains magasins. Et de farine dans d’autres. Là où il y en avait, on ne distinguait plus entre l’intérieur et l’extérieur: la neige poudrait dehors et la farine faisait sa propre boucane blanche dans la cuisine.

Des enfants ont appris les ingrédients qui se trouvaient dans le pain et comment pétrir la pâte. Les plus grands ont pensé à leurs parents en se remettant à l’ouvrage et en humant l’odeur du pain qui cuit. Plusieurs ont redécouvert les vertus du pain. Il est un signe d’hospitalité et de solidarité.

Ne pouvant aller à l’école, au bureau ou à l’usine, nos demeures sont devenues les lieux pour développer des nouvelles aptitudes et de nouvelles manières d’être. Nos demeures sont devenues des «Bethléem», des lieux pour naître et renaître. Cela correspond à l’étymologie de la ville sainte qui signifie «maison du pain».

+++

On s’est mis à boire du vin. Il coulait à flots lors des apéritifs virtuels qui commençaient tôt avant le changement d’heure au mois de mars. Dr Theresa Tam, de l’Agence de Santé publique du Canada, s’est inquiétée de cette consommation marquée chez les plus jeunes (30-50 ans) et chez les angoissés par leur situation financière.

Les études montrent que si la consommation de tous les alcools a augmenté, le vin a été la boisson privilégiée du confinement. Pour des raisons de socialisation, mais aussi pour des raisons personnelles (le goût, l’apparence, l’effet désinhibiteur, etc.). Il y a peut-être dans notre inconscient collectif un souvenir ancestral lointain: le vin a permis de traverser les périodes éprouvantes.

La Bible a plusieurs passages qui évoquent le bonheur apporté par le vin. Des phrases sont proverbiales. «Le vin rend la vie joyeuse ! Il réjouit le cœur de l’homme.» (Si 10,19 et Ps 104, 15).

Et encore «Ma coupe est débordante». Il ne suffit pas que la coupe soit pleine; il lui faut déborder. Pourrions-nous comprendre que Dieu tend le piège de l’abus, voire de la dépendance? Dire que Dieu sert le vin en abondance ne veut pas dire qu’Il enivre; le vin signifie la joie complète voulue.

Dieu nous veut heureux. En hébreu, le même mot peut se traduire par la réjouissance ou l’ivresse. Au lieu de nous entraîner à l’ivresse, Dieu veut nous faire entrer dans sa joie. La joie sereine qui vient de la confiance de n’être jamais seul. Même au cœur d’une pandémie qui n’a rien de rassurant.

Dans l’évangile, le vin évoque aussi Cana. C’est dans une situation de manque que l’abondance survient. C’est souvent dans le dénuement qu’une main tendue peut secourir et ramener à la vie en abondance.

Lorsque le bonheur semble inatteignable, il est pourtant si proche. Tous peuvent entrer dans cette joie. Une seule condition: il faut être assez assoiffé pour se réjouir d’un simple verre d’eau.

+++

À eux seuls, le pain et le vin représentent les aliments nécessaires pour la survie du corps depuis des siècles. Mais il y a plus que le corps à nourrir. Il y a aussi l’esprit. Lors du dernier repas pascal du Maître avec ses apôtres, Jésus a eu ce souci de donner une nourriture spirituelle aux siens.

Après les bénédictions traditionnelles juives, Jésus prit le pain en disant «Prenez en mangez, ceci est mon corps». Il fit de même pour le vin en disant «Ceci est mon sang». Depuis, l’eucharistie est le sacrement par excellence pour faire mémoire de Jésus.

Ces jours-ci, des chrétiens goûtent le réconfort du pain du ciel «qui soutient le cœur» (ps. 104). C’est une première communion depuis des mois de jeûne. D’autres patientent encore pour diverses raisons: plus de place dans des églises qui atteignent le nombre maximal permis (50), la prudence d’éviter les foules, ou encore le désir qui s’est affadi après des semaines de «liturgies domestiques».

Plus important que le rituel, c’est Celui qu’il célèbre et rend présent: Jésus! C’est Lui qui est au cœur de la foi. Alors que des chrétiens reprennent le chemin de leur église pour communier au corps eucharistique du Christ, d’autres communient autrement.
En soignant le corps souffrant du Christ dans les malades. En s’associant au corps mystique du Christ dans la prière. En devenant le corps du Christ pour le rendre présent et agissant au cœur du monde.

Bonne Fête-Dieu!