Le saut des frontières

La vie reprend lentement son cours. Le beau temps revient, les fleurs poussent, les oiseaux piaillent, et le Plan canadien d’urgence, le fameux PCU, sera prolongé de huit semaines. Yéé.

Je ne sais plus où vous en êtes dans votre confinement ou votre déconfinement. Mais à tenter de suivre l’évolution de la pandémie à travers les médias locaux, nationaux et internationaux, entre deux boîtes à paqueter, j’ai fini par perdre le fil de cet événement catastrophistorique.

Comme les mesures sanitaires varient d’un pays à l’autre, de même que les stratégies de confinement et la reprise des activités, on finit par ne plus savoir que croire.

Idem avec l’effrayante pléthore d’épidémiologistes, de virologues, et d’autres spécialistes en bibittes invisibles qui a envahi les ondes, ici comme ailleurs dans le monde: on finit par ne plus savoir qui croire.

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Entre-temps, la pandémie a beau être sans frontières, l’humanité a décidé, elle, de fermer toutes les siennes! Ö paradoxe!

Même le Niou-Brunswick est coupé du reste du monde! Qui l’eût cru? Ce qui nous révèle que malgré tous les beaux discours de nos dirigeants locaux, régionaux, provinciaux, fédéraux et nationaux sur notre merveilleuse ouverture sur le monde, il ne suffit que d’un microscopique virus pour que se ferment automatiquement les frontières partout, comme une huître quand elle voit venir un bec fin affamé!

Coudon, la fin du monde est-tu commencée?

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J’ai quand même appris beaucoup de choses depuis l’apparition du mozusse de virus. Entre autres, j’ai appris (avec étonnement d’apparat) que les commerces d’alcool et de cannabis étaient des «services essentiels». WOW!

Mais pas plus tard que cette semaine, quand j’ai téléphoné à ma pharmacie à 8 heures du soir, elle était déjà fermée!

Est-ce seulement moi qui capote, mais me semble qu’on mélange nos priorités!

D’un autre côté, je comprends un peu la situation, car nous vivions déjà, bien avant l’apparition du mozusse de virus, dans une société qui insiste beaucoup sur la satisfaction des sens, du plaisir, du jeu, de la jouissance.

Les gouvernements n’étaient quand même pas pour nous renfermer à la maison en nous enlevant tous nos joujoux. Les antiques empereurs romains l’avaient déjà compris quand ils fournissaient du pain et des jeux à leurs citoyens pour éviter que ces derniers ne se révoltent et ne viennent les zigouiller. (Même si cela s’est souvent produit. Zut.)

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Et tout cela me rappelle que je me proposais de vous parler du jugement de la Cour suprême qui donne aux francophones du Canada une arme de plus pour défendre leurs droits linguistiques, et de vous parler également de la situation triste à en mourir – et c’est le cas! – des autochtones du Canada envers qui le racisme systémique est à ce point incrusté dans l’histoire de notre pays, qu’il est même devenu un élément (néfaste, on s’entend!) de notre vivre-ensemble canadien!

Déjà, le fait que les gouvernements d’antan aient vu à les parquer sur des «réserves», comme on disait autrefois, c’est calamiteux. Je sais que maintenant on ne parle plus de réserves mais de communautés, mais le fait de changer l’appellation d’une chose, n’en change pas la réalité.

En toute franchise, je parle peut-être à travers mon chapeau. Je ne connais pas grand-chose à la réalité autochtone telle que vécue aujourd’hui. Je n’en connais surtout que ce que je vois et entends dans les médias. Et c’est pas jojo.

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Mon expérience la plus concrète à cet égard est ce que je peux percevoir quand je visite mon patelin natal.

Au Madawaska, la communauté malécite semble avoir le vent dans les voiles. Bien des observateurs locaux s’entendent pour dire qu’elle est même devenue l’un des agents les plus actifs du développement économique du coin! On ne peut que s’en réjouir.

Mais cela n’enlève rien à l’horreur des bavures policières dont sont encore victimes les autochtones, comme on a pu le voir au Niou-Brunswick depuis quelque temps.

Je ne sais pas ce qui s’est passé. Mais je sais que je n’en suis pas fier!

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Le racisme systémique anti-autochtone, nous, francophones, sommes bien capables de le comprendre.

Car qu’est-ce que signifient toutes ces interdictions d’enseignement du français dans les écoles du Canada pendant des décennies?

Qu’est-ce que signifient tous ces atermoiements pour empêcher l’éclosion d’une véritable présence francophone institutionnelle dans la plupart des provinces canadiennes depuis la Confédération?

Qu’est-ce que signifient tous ces bâtons dans les roues qui forcent toujours et encore les francophones du pays à aller supplier la Cour suprême de faire respecter des lois pourtant dûment adoptées pour (supposément) protéger et promouvoir le fait français au Canada, si ce n’est une forme particulièrement insidieuse d’un racisme anti-français systémique?

A-t-on fini par oublier que des forces anti-françaises se sont liguées contre nous depuis la Conquête?

Et même si aujourd’hui la composition ethnique du Canada n’a plus grand-chose à voir avec ce qu’elle fut à l’origine, il n’en demeure pas moins que nous, francophones, restons encore tributaires de certaines attitudes et de certains comportements systémiques sournoisement liés à une forme de racisme qui a trouvé à se manifester, depuis le tout début de l’histoire de notre pays, dans le déni de nos droits linguistiques. Entre autres.

Le racisme anti-français systémique, c’est entendre des trucs comme «là où le nombre le justifie» ou encore «on n’a pas assez d’argent», pour bien nous garder dans notre trou. C’est se faire appeler «la minorité francophone», comme si de rien n’était, par des politiciens, et autres, francophones ou anglophones, qui sont inconscients de la discrimination inhérente à ces propos, puisque nous vivons ici «avec une entière égalité», pour citer Condorcet.

Énoffe ize énoffe!, pour citer Shakespeare maintenant.

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Sur ce, je vous fais de mini-adieux, valables pour quatre semaines. Le temps de vous reposer les côtés de la tête!

Je vous conterai d’autres rossignolades à mon retour, prévu le mercredi 22 juillet, comme la réouverture des frontières canado-américaines!

Appelons ça: le saut des frontières!

D’ici là, bisous, tourlou, adorables lecteurs zé lectrices zadorées! Je m’en vais paqueter!

Han, Madame?