Da 5 Bloods: brillant et drôlement d’actualité

L’Académie américaine des arts et des sciences du cinéma a annoncé à la fin avril qu’en raison de la pandémie, un film n’aurait pas à être lancé en salle pour être candidat à un Oscar. Da 5 Bloods (Frères de sang, Netflix), de Spike Lee, s’impose donc comme le premier véritable prétendant de cette année hautement atypique.

En pleine guerre du Viêt Nam, une unité de cinq soldats afro-américains baptisée Les Bloods est dépêchée sur les lieux d’un écrasement d’avion dans la jungle.

Sur place, ils découvrent que l’engin transportait une importante cargaison d’or.

Les Bloods étaient toutefois attendus par les forces viêt-cong. Leur chef d’unité est tué et les deux camps sont forcés de battre en retraite.

Quarante-cinq ans plus tard, les quatre Bloods survivants débarquent à Hanoï.

Sur place, ils souhaitent localiser, exhumer et rapatrier le corps de leur commandant.

Mais ils veulent surtout en profiter pour faire main basse sur le mystérieux chargement d’or.

La cupidité, un Français manipulateur, de vieux démons et un champ de mines vont toutefois se mettre en travers de leur chemin…

Du grand Spike Lee

Spike Lee n’a plus besoin de présentation.

Le New Yorkais âgé de 63 ans nous a notamment donné Do the Right Thing (1989), Malcolm X (1992) et BlacKkKlansman (2018).

Son militantisme pour les droits des Noirs est de plus inégalé à Hollywood.

Son plus récent film, Da 5 Bloods, se situe dans sa revendication identitaire afro-américaine, mais est surtout une oeuvre audacieuse, complexe et porteuse.

Lee nous transporte sur deux lignes du temps, une tournée en 8mm qui se déroule pendant la guerre, et une seconde, en HD, qui se situe dans le Viêt Nam d’aujourd’hui.

Le cinéaste a pimenté le tout de plusieurs clins d’oeil à Apocalypse Now (1979), le grand film de Coppola sur le conflit indochinois.

Pendant 2h35, Lee nous présente quatre anciens soldats attachants qui s’avèrent être des personnages beaucoup plus complexes qu’au premier regard.

Par le biais de l’épopée extraordinaire de ces quatre hommes ordinaires, nous revivons, au son de la musique de Marvin Gaye, cinq décennies de combat pour l’émancipation des Noirs.

Da 5 Bloods est, tout à la fois, un film de guerre, un buddy movie et un essai sur le racisme systémique.

La direction de Lee dans ce qui est une oeuvre extrêmement chargée est impeccable. Tout comme le jeu de Delroy Lindo (Malcolm X) dans le rôle principal, et celui de Chadwick Boseman (Black Panther, 42).

Je ne tomberai pas en bas de ma chaise si Lee, Lindon et Boseman sont candidats à un Oscar.

Da 5 Bloods est un film drôle et émouvant. Mais c’est aussi et surtout une leçon d’histoire plus d’actualité que jamais, 55 ans après le Viêt Nam et la mort de Malcolm X.

(Quatre étoiles et demie sur cinq)

 

7500: simple et très efficace

Si je vous disais que le film le plus angoissant que j’ai vu depuis le début de la pandémie est une production germano-autrichienne tournée au coût de 5 millions $ qui se déroule entièrement dans le cockpit d’un avion, me croiriez-vous?

Le jeune cinéaste allemand Patrick Vollrath fait des débuts remarqués avec 7500 (une exclusivité Amazon Prime en ligne depuis vendredi).

L’oeuvre met en vedette Joseph Gordon-Levitt (Looper, 50/50), que l’on n’avait pas vu au cinéma depuis Snowden, en 2016.

7500 raconte l’histoire de ce qui devait être un vol de routine entre Paris et Berlin.

Gordon-Levitt interprète Tobias Ellis, le pilote américain de l’avion, un Airbus A319 transportant 85 passagers. Ellis fait équipe avec le capitaine Michael Lutzmann. Parmi les agentes de bord se trouve Gökce, la conjointe d’Ellis et la mère de son jeune garçon.

Après un décollage sans histoire, les choses tournent au cauchemar quand quatre terroristes armés prennent le cockpit d’assaut.

Ellis est blessé au bras, mais il parvient à assommer un pirate, à repousser les autres et à verrouiller la cabine de pilotage. Le capitaine est toutefois gravement blessé et sa vie est en danger.

Alors qu’Ellis tente de piloter l’avion vers Hanovre pour un atterrissage d’urgence, les terroristes prennent Gökce en otage.

Leurs demandes sont claires: le pilote doit leur donner le contrôle du cockpit où la jeune femme sera exécutée.

Ellis se trouve alors devant un dilemme insoluble: sacrifier la vie de celle qu’il aime ou garder le cap afin de sauver la vie de tous les autres passagers de l’avion…

Intense et angoissant

7500 n’est vraiment pas un film comme les autres. Oubliez les effets spéciaux, les plans léchés, les scènes romancées et tout ce à quoi Hollywood vous a habitué depuis des décennies.

C’est plutôt la très simple et très intense histoire d’un pilote forcé de faire des choix que personne ne devrait avoir à faire.

Un cockpit, une caméra et un Gordon-Levitt absolument brillant, voilà ce qu’est 7500.

Malgré une mise en scène minimaliste, la tension est omniprésente et on ressent littéralement tout le poids du monde qui repose sur les épaules du pilote.

Dans un monde post-11 septembre encore instable et déchiré, j’aurais préféré que les terroristes ne soient pas musulmans.

Il s’agit toutefois là, à mes yeux, du seul faux pas commis par le réalisateur Patrick Vollrath. Son film constituait un pari risqué qu’il a relevé avec énormément de brio.

(Trois étoiles et demie sur cinq)