Le déconfinement permet des rassemblements de moins de 50 personnes dans les églises. Les messes dominicales sont recommencées. Les baptêmes aussi. Et les funérailles. Pour les mariages, plusieurs ont choisi d’attendre.

Depuis deux semaines, les funérailles mobilisent beaucoup d’énergie. C’est un signe que la vie reprend lorsqu’on s’occupe de la mort. Ces deux réalités ne sont jamais aussi éloignées qu’on l’imagine.

Les nombreuses funérailles sont pour des fidèles qui nous quittent ces jours-ci. Mais aussi pour plusieurs autres décédés au cours de l’hiver et que nous remettons à la terre en cette saison de renouveau.

Lors de ces célébrations, nos corps sont distanciés pour respecter les consignes. Cela trahit nos sentiments humains. Les cœurs prennent leur revanche: ils se rapprochent.

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Ce qui me frappe en célébrant la vie de tant de personnes en un court laps de temps, c’est la mosaïque qu’elles composent. Dans l’espace de deux semaines, j’ai présidé les funérailles d’un jeune écorché par les épreuves de la vie, d’un chef d’entreprise qui a ouvert des chemins, d’un sacristain qui a pris la tenue de service, d’un enseignant qui a transmis de justes valeurs, d’un grand-père aimé, etc.

La diversité des parcours me révèle la sainteté aux multiples visages. Derrière la vie de chacune de ces personnes, leurs proches reconnaissent une grandeur (parfois tenue secrète et cachée) qui mérite d’être célébrée. Ça m’émeut toujours le soin et le respect témoignés à nos morts. Tout comme l’absence de reconnaissance m’attriste.

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Les rites funéraires ont évolué et se sont diversifiés au cours des dernières années; le confinement des dernières semaines a accéléré ce processus. La séquence traditionnelle (exposition, funérailles et enterrement) se modifie.

Il serait dommage de réduire les rites funéraires à leur plus simple expression. Pas seulement pour les morts, mais surtout pour les vivants. Faire disparaître la liturgie de la mort, c’est voir apparaître des angoisses et des difficultés à transiger avec la mort.
Pendant la pandémie, des familles ont choisi des rassemblements intimes pour célébrer la vie de leur proche décédé au salon funéraire ou au cimetière.

D’autres ont choisi d’attendre ces jours-ci pour se rassembler dans une église.

Quel sens donner aux funérailles chrétiennes pour un proche qui est parti depuis déjà quelques semaines, voire quel­ques mois?
Ça peut être douloureux de vivre les rites funéraires plusieurs jours (ou semaines) après la mort. C’est comme rouvrir une plaie qui commençait à peine à guérir.

Ces rites, qui sont une étape essentielle dans un processus de deuil, peuvent prendre une signification nouvelle, susceptible de mettre en valeur des aspects essentiels de la prière chrétienne pour les défunts.

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Lorsque la mort nous frappe, nous sommes envahis par la peine. Par notre peine. Celle de se voir privé d’une présence qui nous faisait du bien. Nous sommes trop souvent tournés vers nous-mêmes. Et notre prière aussi: nous demandons la force intérieure de traverser cette épreuve avec confiance et espérance. C’est normal de réagir ainsi. Et de prier ainsi.

Or, la prière chrétienne pour les défunts n’est pas que pour les survivants. Elle est aussi (et surtout!) pour les morts. Le rituel des funérailles le montre bien.

C’est souvent au bout de quelques jours (ou semaine) de deuil que notre prière change et intègre davantage la personne qui nous a quittés.

Au lieu de prier pour nous-mêmes, nous prions pour l’autre. Nos cœurs parlent en gratitude pour le passage de cet être cher dans nos vies; nos cœurs disent aussi l’espérance de le savoir sur l’autre rive et de pouvoir le rejoindre un jour.

Cette semaine…

Lu dans les médias les nombreux titres de Richard Losier: grand bâtisseur de la Municipalité Régionale de Tracadie, docteur d’honneur de notre Université, philanthrope, co-fondateur, etc. Au-delà de ces décorations, voici ce que sa famille retient de lui: «un pépère d’amour qui a tout fait pour que sa famille ne manque de rien… il a tout donné pour le bonheur de ses enfants et de ses petits-enfants… tu nous laisses plus que des souvenirs, mais des valeurs: générosité, famille, détermination.» Des facettes de sa vie dominent et lui survivront: père attentionné, époux dévoué, citoyen engagé.

Proclamé un récit d’apparition du Ressuscité lors des funérailles. Pour les premiers chrétiens, ça n’allait pas de soi de croire en la résurrection. Les disciples avaient de la difficulté à reconnaître Jésus après sa mort; leurs yeux étaient aveuglés par leurs larmes. Même Marie-Madelaine et Simon-Pierre ne reconnaissent pas leur Maître, vivant autrement.

Réalisé avec plus d’acuité qu’il faut du temps pour apprivoiser un nouveau mode de présence de l’être aimé. Un délai semble nécessaire entre la mort d’un proche et la reconnaissance qu’il continue de vivre d’une autre manière. Que sa vie n’est pas détruite, mais transformée. Ce délai correspond peut-être au laps de temps entre une mort survenue lors du confinement et la célébration de la vie au commencement de cette nouvelle saison.

Célébré la vie de pères de famille. Au-delà des accomplissements professionnels et du dévouement personnel, c’est davantage la vie intime avec ses proches qui est soulignée lorsqu’un papa prend son dernier envol. Le nid qu’il a préparé et entretenu pour sa maisonnée reste plus important que tous les autres. Bénis soient ces pères. Qu’ils soient remerciés et célébrés en ce dimanche qui leur est dédié.

Delroy Lindo - Gracieuseté
Da 5 Bloods: brillant et drôlement d’actualité