Entre nous

La semaine prochaine – pile au moment où je prends mes vacances de cette chronique (je serai de retour le 23 juillet) – nos provinces vont «fusionner» en une bulle magique anti-COVID-19 qui va nous permettre de nous rendre visite. Soulagement! Les familles séparées vont pouvoir se retrouver et nous toutes et tous pourront voyager à notre gré. Bien sûr, ça c’est dans l’abstraction des règlements. Dans la réalité, allons-nous bien nous précipiter sur les routes de l’Atlantique?

Nous sommes devenus, durant ces mois de confinement et d’inquiétude, des citoyens bien prudents. Toutes proportions gardées, nous sommes un peu comme quelqu’un subitement libéré de prison: heureux de savoir qu’on peut aller où bon nous semble, mais pas nécessairement convaincus d’y aller tout de suite. Il y a d’abord les aléas des voyages: dans mon cas, le besoin de prendre l’avion ou de faire face à 12 heures de route ne serait-ce que pour monter sur le traversier à Port-aux-Basques, le traversier au départ d’Argentia ayant été annulé pour cause de pandémie. Ajoutez-y les prises de température, le port du masque, la promiscuité avec les compagnons de voyage, et voilà de quoi calmer les ardeurs touristiques.

Le regard des autres, de ceux et celles chez qui on arrive, n’est pas particulièrement attirant, non plus. On a vu la manière dont les gens du Restigouche ont été traités par le reste de leurs compatriotes du Nouveau-Brunswick, la réaction ouvertement négative à l’Île-du-Prince-Édouard devant les voitures immatriculées au Québec, les restrictions infligées aux Madelinots en transit, en bref, on se dit qu’en ces jours incertains, il faudrait peut-être mieux ne pas trop s’éloigner.

Pour donner un coup de pouce post-COVID-19  à l’industrie touristique atlantique, le gouvernement fédéral a offert un bonus de 16 millions $ d’investissement. Je suis ouverte à l’idée qu’on m’attire loin de mon patio et de mon potager. Mais je ne vous cache pas qu’il faudra être diablement convaincant.