La Véloroute de la Péninsule acadienne est inaugurée au bon moment. Le confinement nous a fait découvrir les vertus de la lenteur. Moins pressés pour aller d’un point à un autre, nous pouvons parcourir la distance à vélo. Nous roulons pour des raisons pratiques, mais aussi pour le plaisir.

À travers plaines et forêts, un enfant a déroulé un ruban de satin d’un bout à l’autre de la Péninsule. Nous sommes plusieurs à apprécier comme il est doux. Il est noir comme les habits des soirs de gala. Il permet ce que nous cherchons pendant les vacances: le repos bienfaisant pour le corps et une folle aventure pour l’âme.

Dans l’imaginaire chrétien, Dieu donne la vie en répandant son souffle. Sur cette péninsule, Il a soufflé si fort que ses postillons se sont répandus partout. Ils sont inoffensifs sur les coquillages et les galets de nos plages. Ils font fleurir des milliers de couleurs et de parfums. Ils voyagent sur les ailes des papillons et planent au-dessus de nos têtes avec les grands oiseaux.

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En roulant, il est toujours surprenant de voir un lièvre apeuré qui cherche où se cacher. Ou des porcs-épics qui n’ont pas attendu le confinement pour prendre le rythme de la lenteur; ils traversent la piste comme d’autres foulent un tapis rouge. Parfois, un gros mammifère nous oblige à nous arrêter. «Il bloque notre piste!» Alors que c’est nous qui sommes sur son territoire.

Tout au long de la route, la vie humaine se donne à voir. Des maisons sont petites et colorées. D’autres, grandes et vitrées. Parfois, j’essaie de deviner ce qui se cache de l’autre côté de la porte: des jeunes qui s’aiment? des vieux qui se bercent? des enfants qui jouent? d’autres qui cherchent à s’entendre?

Aux abords de la piste, des commerces, des usines et des industries témoignent de l’ingéniosité et de la vaillance des habitants. Ils révèlent la résilience d’une population rurale qui veut montrer que si les villes sont le cœur qui fait battre le monde, les régions sont les poumons qui le font respirer.

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Il y a aussi les églises. Presque dans chaque village. Parfois, plusieurs dans un même village. Le nombre de lieux de culte est renversant: faites vous-mêmes le décompte à Miscou ou à Tabusintac!

Vous pourriez être tenté de franchir le seuil de l’église. Or, plusieurs resteront fermées cet été. Avec un peu de chance, l’une ou l’autre sera ouverte avec des guides dévoués à l’accueil et à la désinfection.

Lorsqu’on visite une église, on se précipite à l’intérieur. Mais il y a plus. On peut prendre son temps pour admirer l’art sacré extérieur. Observer l’endroit choisi pour placer l’église: près de la rivière, au sommet d’une colline, à une intersection, etc.

Cela n’est jamais anodin. Certains édifices sont tellement en harmonie avec leur environnement: on croirait qu’une main secrète les a déposés en ce lieu, comme une autre a planté un arbre à l’endroit idéal où il pourra porter du fruit.

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Faites le tour de l’édifice pour voir les fondations, les pilastres, les vitraux. Levez les yeux pour admirer le clocher. Il y a peut-être des statues ou des sculptures sur le parvis. Vous pouvez vous demander pourquoi elles ont été placées là. Vous n’aurez peut-être pas toutes les réponses, mais vous aurez des questions lorsque vous rencontrerez quelqu’un du lieu. Soyez curieux!

À proximité de l’église, le cimetière nous en apprend autant sur l’histoire de la localité que l’église elle-même. En longeant les allées, on en apprend sur les naufrages, la mortalité infantile, les prêtres de la paroisse, etc.

Dans un village, l’église et son cimetière demeurent des lieux incontournables de souvenirs du passé pour se projeter dans l’avenir.

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Même sans pouvoir entrer dans l’église, nous pouvons imaginer l’intérieur: les statues, les bancs, le chœur, etc. Notre imagination peut même embellir ce qui reste caché. Parce que certaines églises sont belles et majestueuses de l’extérieur, mais en franchissant le seuil, nous sommes déçus: l’écrin n’était pas représentatif de ce qu’il renfermait.

Le contraire est aussi vrai parfois: une église apparemment simple peut renfermer un trésor. Je pense à l’église de Ste Rose. Celle de Ste Cécile aussi!

Impossible de regarder une église sans admirer le courage des bâtisseurs. Avec peu de ressources matérielles, nos ancêtres nous ont laissé le témoignage de «la beauté qui sauve le monde».

Ça m’étonne toujours: les générations qui nous ont précédées n’avaient pas toutes les connaissances et les moyens dont nous disposons aujourd’hui, mais ils savaient ce qu’était la beauté et ils n’ont rien ménagé pour l’inscrire dans notre paysage.

Regarder une église et entendre la chorale chanter l’amour de la maison céleste dont nos églises sont le reflet ici-bas: «Beau ciel, éternelle patrie, vous comblerez tous mes désirs.»

Admirer les murs et sentir appartenir à une communauté humaine où chacun apporte sa pierre. Et reprendre la route jusqu’à la prochaine église qui pourrait être… sa propre demeure.

Bonne promenade!