Un beau désastre de Christine Eddie: s’accrocher à l’espoir

Je vous propose deux œuvres pour la beauté de leur écriture, invitant à découvrir des univers uniques traversés par l’espoir. Bonne écoute et bonne lecture!

Un beau désastre, Christine Eddie

Un beau désastre de Christine Eddie. – Gracieuseté

Au cœur d’un quartier défavorisé de béton et de briques usées appelé le Vieux-Faubourg, grandit le petit M.-J. (Monsieur-Junior Paul) qui observe le monde qui l’entoure. Ce quartier pourrait être dans n’importe quelle ville. Son père étant inconnu et sa mère absente, il est élevé par une tante astrologue et éternelle optimiste. M.-J., un jeune garçon intelligent, lucide et sensible, voit plutôt les choses en noir. Le 21e siècle lui fait peur et il est inquiet même s’il grandit au milieu d’une communauté aimante qui le soutient.

Dans son immeuble, des familles de plusieurs origines y vivent. Chacun a son histoire et un passé parfois difficile. M.-J. et sa tante se lieront d’amitié avec une famille de réfugiés du Burundi. Au milieu de cette communauté hétéroclite et solidaire, le jeune M.-J. apprendra qu’il existe un remède au désastre. À l’âge de 16 ans, sa vie prendra un nouveau tournant. Grâce à son talent et ses pinceaux, il redonnera vie à ce quartier sombre sans verdure qui, au premier regard, semble sans espoir. Ce roman d’apprentissage c’est le récit d’un garçon, mais aussi celui de tout un quartier. On traverse aussi plusieurs histoires, dont celles de Célia, de l’amant de sa tante, de Mathias, de la famille Hitimana, de Monsieur Chan et d’Isa qui rêve de partir vivre au Bhoutan, considéré comme étant le «pays du bonheur». L’auteure arrive à recréer la vie de tout un quartier avec beaucoup se sensibilité.

Dès les premières pages du récit, l’esprit du livre m’a fait penser au film La vie est belle de Roberto Benigni à qui d’ailleurs la romancière fait un clin d’œil. C’est un roman magnifique et lumineux, tellement qu’on souhaite qu’il se poursuive au-delà des 300 et quelques pages. Christine Eddie qui a grandi à Bathurst a écrit des contes, des nouvelles et des romans, dont Les carnets de Douglas, récompensé de plusieurs prix. Un beau désastre est son quatrième roman. (Alto, 2020). ♥♥♥♥♥

Qu’en restera-t-il?, Tim Dup

Tim Dup. – Gracieuseté

Le deuxième album de l’auteur-compositeur-interprète français, lauréat du Prix coup de cœur de l’Académie Charles Cros, navigue entre l’ombre et la lumière. Alors que la tendance est au mini-album, Tim Dup arrive avec un nouvel opus élaboré de 13 chansons. Enrobée d’une musique aux sonorités pop, électro, hip-hop, un peu jazzy, parfois intimiste ou dansante, sa poésie chargée et imagée un peu comme un film explore la condition humaine. Il s’inscrit bien dans la nouvelle vague des chanteurs franco-européens comme Stromae.

De sa voix claire, sur un piano bien présent, il nous livre ses textes avec passion et intensité. J’ai été particulièrement séduite par la variété des textures musicales et les arrangements soignés et ingénieux. Il y a plein de belles trouvailles. Sa qualité d’écriture est indéniable, même si parfois ça peut sembler un peu candide. Avec ce deuxième album, il a peaufiné sa démarche qui est résolument moderne. Certaines chansons sont particulièrement touchantes, comme L’aventure, Place espoir, Une autre histoire d’amour, Après eux et Vendredi soir. Il faut prendre le temps de s’y acclimater, l’écouter plusieurs fois pour en découvrir toutes les subtilités et l’ampleur des textes. Impossible d’y rester insensible. Reconnu comme étant un des chanteurs les plus prometteurs de sa génération, Tim Dup est peut-être un peu moins connu de ce côté-ci de l’Atlantique. ♥♥♥½