Le vin de M. Higgs

Contrairement à ce qu’on pourrait croire en écoutant les déclarations de part et d’autre, le gouffre qui sépare Blaine Higgs et les chefs autochtones sur la question du racisme systémique n’est pas sans fond.

Tout d’abord, les deux partis s’entendent sur l’existence de structures et de façons de faires qui causent de graves préjudices aux autochtones dans leurs interactions avec la police et le système judiciaire. C’est déjà ça de pris. Ils sont aussi d’accord sur la nécessité d’agir rapidement pour corriger les problèmes pour lesquels des solutions ont déjà été identifiées comme la formation de Peacekeepers spécialisés en désamorçage de crise. M. Higgs et les chefs estiment également que les précédentes recommandations émises par d’autres commissions devraient être passées en revue pour mettre en oeuvre sur-le-champ celles qui sont toujours d’actualités et qui pourraient s’appliquer au Nouveau-Brunswick.

Même en ce qui concerne la tenue d’une enquête publique sur le racisme systémique au sein de la police et du système judiciaire, les différences ne sont pas irréconciliables. Le premier ministre n’a pas dit qu’il ne voulait pas d’une telle enquête. Il estime seulement que cela devrait se faire en collaboration avec le gouvernement fédéral puisqu’il s’agit en partie de sa juridiction et que les problèmes en question ne sont pas uniques au Nouveau-Brunswick.

Si Blaine Higgs et les chefs des Premières Nations ne sont pas exactement aux antipodes sur les questions qui les préoccupent, il faudra inévitablement que quelqu’un mette de l’eau dans son vin pour dénouer l’impasse. Il est difficile de comprendre ce que M. Higgs aurait à perdre avec une enquête publique alors que les Premières Nations ont déjà tant perdu. Les chefs craignent que leur malheur tombe une fois de plus dans l’oubli sans le poids d’une enquête publique. Le premier ministre craint quant à lui que l’enquête empiète sur le terrain du fédéral. Le choix devrait être facile quand le désagrément de l’un est une question de survie pour l’autre.