Lors d’une sortie en plein air, le plaisir réside aussi dans une charge modérée à porter. C’est important de choisir ce qu’on apporte: de l’eau, de la nourriture, un imperméable, des lotions pour se protéger du soleil ou des moustiques. Savoir miser sur l’essentiel, pas plus!

Souvent, au retour d’une expédition (ou d’un voyage), on se rend compte qu’on avait apporté trop de choses. On rapporte dans nos valises des vêtements propres qu’on n’a pas portés. Et dans notre sac à dos des livres qu’on n’a pas entamés, des friandises qu’on n’a pas mangées et des bébelles qu’on n’a pas utilisées.

Tout ce bagage en trop pèse lourd. Il charge les épaules. Il ralentit la marche.

Se dépouiller du superflu pour voyager léger est une vraie vertu. Cela est vrai aussi pour la traversée de la vie ici-bas. La vie est belle lorsqu’elle se fait d’un pas léger avec un cœur libre et désencombré.

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Se dépouiller est une vertu pour bien vivre. Ça me semble même être une condition pour une vie réussie. C’est aussi une manière de se préparer pour bien mourir. La mort est l’ultime dépouillement.

La mort n’est peut-être pas le sujet le plus adapté à cette saison de réjouissance et de plénitude. Pourtant, réfléchir à la mort, c’est méditer sur la vie.

C’est se rappeler notre condition humaine et vivre chaque moment avec intensité. La pensée de la mort ajoute un sentiment d’immédiateté à la vie elle-même: il ne faut pas attendre à demain pour vivre pleinement la bonté, l’amour, la générosité.

Lorsque le pape François a ébranlé les fondements idéologiques de la curie romaine en dressant une liste de 15 maladies qui la menace, il a présenté celle de se croire «immortel, immunisé ou indispensable». Ainsi, on néglige de s’autocritiquer et de s’améliorer. Pour guérir, il invite à une simple visite au cimetière pour voir les noms de tant de personnes qui ont pu se croire immortelles au lieu de se voir comme de simples serviteurs qui font leur travail.

Avant François, un chrétien des premiers siècles avait médité sur ce caractère provisoire de la vie. Il disait à ses compagnons d’avoir «la mort devant leurs yeux chaque jour» (Règle de saint Benoît 4, 47). Ça peut sembler morbide. C’est pourtant une manière de bien vivre: penser à la mort à laquelle personne ne peut échapper.

Peut-être aussi que notre manière de vivre conditionne la manière de mourir: marcher dans la lumière pour ne pas être surpris lorsqu’arriveront les ténèbres de la mort.

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Ce thème du caractère provisoire de la vie est évoqué à quelques reprises dans la Règle de saint Benoît. Écrit pour ses compagnons, ce livre de sagesse dresse l’idéal du moine: chercher Dieu, voyager léger, se dépouiller.

La Règle n’est pas que pour les moines: elle propose un mode de vie équilibrée entre le travail, la prière et le repos. Elle doit être adaptée à la réalité de chaque époque, de chaque lieu et de chaque personne.

Aujourd’hui, 11 juillet, c’est la fête de saint Benoît. Dans plusieurs monastères (chez-nous aux abbayes du Calvaire et de l’Assomption à Rogersville), des moines et moniales rendent grâce pour ce témoin dont la vie respire la sainteté. Benoît est maître de l’art de vivre humblement et sobrement.

Plusieurs ont été marqués par la spiritualité bénédictine. Je pense à cette religieuse française qui a côtoyé les moines cisterciens de Thibirine en Algérie. En 1995, elle a été tuée en se rendant à la messe. Elle fait partie des martyrs d’Algérie, béatifiés en 2018. Après sa mort, on a retrouvé sur elle cette méditation qu’elle-même avait écrite. Quinze siècles après saint Benoît, c’est le message de la Règle qui est dit avec des mots d’aujourd’hui:

«Vis le jour d’aujourd’hui, Dieu te le donne, il est à toi. Vis-le en Lui. Le jour de demain est à Dieu, Il ne t’appartient pas. Ne porte pas sur demain le souci d’aujourd’hui. Demain est à Dieu, remets-le Lui. Le moment présent est une frêle passerelle. Si tu le charges des regrets d’hier, de l’inquiétude de demain, la passerelle cède et tu perds pied. Le passé? Dieu le pardonne. L’avenir? Dieu le donne. Vis le jour d’aujourd’hui en communion avec Lui.» (Sr Odette Prévost).