Le fun d’Edmund

Du balcon de mon nouvel appart, au septième… ciel, je contemple le magnifique dôme de l’Hôtel-Dieu de Montréal, et la partie patrimoniale de ce monument à la gloire de la résilience des premiers «aidants» du Nouveau-Monde.

Le soir, j’assiste maintenant à des couchers de soleil merveilleux qui me rappellent étonnamment la beauté des époustouflants couchers de soleil sur la baie de Caraquet! Incroyable!

Ce dôme de la chapelle des Hospitalières me ramène tout naturellement à Saint-Basile, où je suis né juste en face du vieux couvent des Hospitalières. En forçant sur l’épithète, on pourrait même dire que j’ai l’origine de ma source natale en pleine face!

Bon, rendu à Saint-Basile j’ai naturellement le goût d’aller faire un tour à… Edmundsfun!

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Edmunds… fun: c’est le nouveau slogan touristique bizarre de l’ancien Petit-Sault, reconverti en Edmundston au mitan du 19e siècle, en l’honneur de Sir Edmund Head, ancien lieutenant-gouverneur du Niou-Brunswick, qui s’y était arrêté pour une pause-pipi. Edmund la Tête vient d’être décapité royalement.

De prime abord, le slogan nous informe qu’Edmund a du fun, un gros fun noir, toé, pis que le monde est invité à venir s’enjoyer avec lui. On présume que cela s’adresse aux habitants de la bulle Atlantique, car le reste de l’humanité ne peut pas rentrer au Niou-Bi sans se voir imposer un isolement de 14 jours.

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Il s’agit en fait d’un slogan anglais travesti en pub bilingue avec trois mots français. Elle renvoie deux messages. Aux anglophones, elle précise que là où Edmund a du fun, c’est «safe and uncrowded». Qu’il n’y a pas grand monde, quoi. De là à conclure qu’il n’y a rien à voir, le pas est vite franchi pour quelqu’un qui ne connaît pas la région, ignorant que «la crowd sait yousse que la crowd va», comme l’affirmait une ancienne publicité locale.

En français, la pub change de toune. Fini les politesses. La pub est raide, la pub donne un ordre: «voyagez en sécurité». Exactement le genre de message que diffusent les ministères de Transports pour réduire les accidents de la route. Inspirant.

Ce slogan est du même acabit que «je LOVE ma région», autre bizarrerie surgie des limbes locaux récemment. Coudon, on est-tu rendu en Frônce pour se farcir tous ces mots anglais? C’est notre ami Shakes-la-Poire qui serait content!

Cet autre slogan veut mousser l’achat local. Il arrive à un drôle de moment (inutile) puisque l’achat local domine, justement, étant donné que les frontières québécoises et américaines sont bouclées! Même les touristes en isolement ne pourront en profiter, à moins de faire faire leurs commissions par des anges gardiens!

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Cela dit, je suis très conscient que ma région natale fait des efforts plus que louables pour accroître sa densité touristique. Ce qui pose problème, ce n’est pas l’intention mais la manière de procéder. On dirait que ces slogans publicitaires ont été «songés»… à la sauvette.

Pour qu’un slogan soit efficace, il doit capter l’attention du premier coup, mais d’une manière crédible. Si, en le lisant ou en l’entendant, on pense «quessé ça c’t’affére-là!!!», on a manqué son coup. Force est de constater que ces deux-là ne passent pas le test.

On doit aussi se demander ce que cherchent les touristes qu’on veut séduire. Les touristes ne viennent pas voir ce qu’ils ont déjà chez eux, ils viennent pour le nouveau, l’inédit, le dépaysement, dans un confort relatif. Mais peut-on réellement parler de confort relatif quand le vieux centre-ville, le Vieux-Edmundston, ferme à l’heure de l’apéro?

Certes, il y a beaucoup d’attraits de plein air dans la région. Et ils attirent leur lot de touristes. C’est indéniable. Mais il manque ce petit quelque chose qui serait un prolongement de ces attraits naturels. (Pensons à «l’après-ski»…)

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Le Vieux-Edmundston ne manque pas de charmes pourtant. Toute la zone qui englobe le fortin du P’tit-Sault, le carré des artisans, le parc riverain, la marina, la passerelle Valcourt; et de l’autre côté, la place de l’hôtel de ville, du pont Boucher à la rue de l’Église jusqu’à la cathédrale, mériterait de profiter d’un véritable programme de mise en valeur à la fois patrimoniale, environnementale et culturelle.

Les «chutes» du Petit-Sault – qui a quand même donné son nom originel à la ville – ne pourraient-elles pas être illuminées, histoire d’enjoliver un peu la vue quand on s’arrête pour les contempler?

Idem pour l’immense «tuyau-aqueduc» du moulin qui longe la rivière Madawaska et les aménagements hydroélectriques sous le pont Boucher qui pourraient être transformés visuellement en «installations artistiques» belles à contempler de tous les angles, grâce à un éclairage approprié et des effets spéciaux multimédias.

Idem pour la rivière Madawaska, entre les ponts Boucher et Fournier, dont on pourrait aviver la beauté par des jets d’eau illuminés.

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Il ne s’agit pas de réinventer le bouton à quatre trous. Il s’agit de mettre en valeur ce qui existe déjà et qu’on fait mine de ne pas voir quand ça ne plaît pas à notre regard, comme on l’a longtemps fait avec la rivière Madawaska avant qu’elle ne bénéficie d’un très visionnaire programme de revitalisation.

Ce n’est pas la première fois que j’exprime ces idées simples, faciles à comprendre et à la portée des finances publiques. Chaque fois: silence radio municipal. Est-ce parce que je les offre gratuitement? Peut-être que la Ville préfère payer des agences de communication capables d’accoucher de slogans inutiles?

Il y a quelques années, un communicateur extérieur, féru d’urbanisme créatif, était venu vendre, aux édiles de l’ancien Petit-Sault, l’idée que notre région n’ayant pas d’histoire (non, mais!), fallait mieux, pour la mettre en valeur, se tourner vers un concept inédit: le Temps. (Je simplifie.)

L’affaire a fait patate. Pourtant, plus j’y repense, plus je découvre le potentiel phénoménal d’un tel concept que l’on aurait pu (que l’on pourrait?) exploiter dans la mise en valeur touristique de notre histoire et de notre environnement.

En attendant, le Temps fait son œuvre, et je crains qu’Edmund ne soit pogné pour avoir du fun tout seul dans son coin.

Han, Madame?