Transperceneige: un roman graphique à couper le souffle

Voici deux odyssées inhabituelles. La première, plutôt tragique, prend la forme d’une bande dessinée post-apocalyptique qui se passe dans un train perpétuel, tandis que la seconde assez lumineuse traverse l’univers éclaté du plus récent album de Dany Placard.

Transperceneige, l’intégrale, Lob/Rochette/Legrand


«Parcourant la blanche immensité d’un hiver éternel et glacé d’un bout à l’autre de la planète roule un train qui jamais ne s’arrête. C’est le transperceneige aux mille et un wagons.»

Vous avez peut-être vu cette télésérie de science-fiction (Snowpiercer) sur Netflix ou encore le film de Bong Joon-ho sorti en 2013. Derrière ces productions, il y a le magnifique roman graphique français signé par Jacques Lob et le dessinateur Jean-Pierre Rochette qui nous entraîne dans un récit post-apocalyptique jetant un regard dur sur le monde. Une crise environnementale est à nos portes et Jacques Lob l’a probablement pressenti au moment d’écrire cette histoire en 1984 qui a été rééditée sous le titre de L’Échappé en 1999. Je vous invite à découvrir ou à redécouvrir les trois premiers volumes du Transperceneige (L’Échappé, L’Arpenteur, La Traversée) réunis dans une édition intégrale.

L’histoire est assez simple. Après une catastrophe écologique, la neige et un froid mortel s’installent sur la terre. Il ne reste qu’un groupe de survivants qui voyagent à bord d’un long train de 1001 wagons engagé dans une course sans fin sur cette terre glacée. Dans cette société cloisonnée de survivants, très hiérarchisée, les plus pauvres voyagent en queue de train et les plus riches qui habitent dans des wagons de luxe à l’avant du train ont droit à tous les privilèges. Ce long convoi où les prêtres vénèrent Sainte Loco, comprend aussi des wagons de nourriture, des potagers, les machines afin que rien ne s’arrête. Tout a été aménagé pour le plus d’autonomie possible. En même temps, il s’agit d’un monde cruel, sombre et violent. Le héros Proloff, issu des wagons de queue, s’est échappé afin de remonter le train. Il fera alors la rencontre d’Adeline Belleau qui fait partie d’un groupe d’aide au tiers-convoi. Ensemble, ils tenteront de trouver des réponses à leurs questions. Les deux tomes suivants écrits sur le même ton par Benjamin Legrand, se déroulent peu de temps après ces événements dans un autre train, le Transperceneige Deux. Il est désormais possible de sortir du train, de voyager à bord d’un avion d’exploration et même de quitter les rails. Il est aussi question de voyage virtuel, d’épuisement des ressources énergétiques et de remise en question existentielle. C’est passionnant.

Avec ses dessins en noir et blanc, Jean-Marc Rochette réussit à recréer l’atmosphère étouffante d’un train. L’espace est étroit et on le voit bien dans ses dessins. Ses personnages très typés ont tous beaucoup de caractères, qu’ils soient sympathiques, méchants ou encore illuminés. Bien qu’il y ait peu de femmes dans cette bande dessinée, les héroïnes ne manquent pas d’aplomb et de détermination. Il s’agit d’un long voyage de près de 300 pages, mais qui vaut vraiment le détour. Juste un petit mot pour vous dire que la télésérie ne rend pas vraiment justice au roman graphique.

L’intégrale de la bande dessinée propose une postface intéressante avec quelques dessins de Jean-Marc Rochette, réalisés pour le film. Trois autres bandes dessinées de la série Transperceneige ont été publiées, dont la plus récente, Extinctions – tome 2, qui est parue cet été. (Casterman, 2014). ♥♥♥♥

J’connais rien à l’astronomie, Dany Placard


Reconnu pour son style folk-rock americana, Dany Placard est arrivé en début d’année avec un nouvel album solo, son 8e en carrière, où il prend un virage rock progressif, nous rappelant la belle époque des groupes britanniques des années 1960 et 1970. Pink Floyd n’est pas très loin.

L’auteur-compositeur-interprète y apporte sa touche personnelle et contemporaine. Ce nouvel opus rassemble huit longues pièces qui se concluent sur Maman, une œuvre de plus de huit minutes. L’artiste s’éloigne ainsi résolument des créneaux commerciaux avec ce disque. Place aux synthétiseurs, guitares électriques musclées et sonorités électroniques dans un style à la fois très rock, psychédélique, mais aussi avec quelques envolées planantes. Ça brasse et c’est imprévisible. Il aime jouer avec les contrastes musicaux. Il y a aussi un peu d’Acadie dans cette création puisque le claviériste Léandre Bourgeois des Hôtesses d’Hilaire, Julie Doiron et Vivianne Roy des Hay Babies ont collaboré au disque. Avec sa poésie surréaliste, l’artiste présente son album tel «un récit d’un homme qui ne voyage pas dans l’espace, mais qui ne tient pas sur terre non plus.»

Si vous aimez l’opéra-rock des Hôtesses d’Hilaire, vous apprécierez assurément cet album. Chanteur, multi-instrumentiste et réalisateur convoité, Dany Placard a coréalisé notamment l’album Extraordinormal de Laura Sauvage (Viviane Roy). ♥♥♥½