Greyhound: les angoissants périls de la bataille navale

En temps normal Greyhound aurait été un des films les plus attendus de l’année. Mais voilà, la normalité n’est plus tout à fait de ce monde et seuls les abonnés à Apple TV peuvent se délecter de cet angoissant drame de guerre qui met en vedette Tom Hanks dans une autre excellente performance.

Nous sommes au début de l’année 1942. Les États-Unis viennent de faire leur entrée dans la Seconde Guerre mondiale à la suite du carnage de Pearl Harbor, quelques mois plus tôt.

Afin de participer à l’effort allié, Américains et Canadiens délèguent d’imposants convois maritimes qui transportent armements, équipements et soldat vers le front européen.

Or, cette traversée de l’Atlantique Nord est loin d’être de tout repos. Des sous-marins allemands (U-Boots) patrouillent en effet dans les eaux à la recherche de bateaux alliés à couler.

Le convoi est particulièrement à risque dans une zone bien précise, loin des côtes nord-américaines et européennes. À ce moment, il ne peut pas bénéficier de support aérien pour s’attaquer aux U-Boots, les chasseurs alliés ne disposant pas d’assez de carburant pour traverser l’Atlantique.

C’est dans cette zone, surnommée le Black Pit, que l’officier Ernest Krause (Hanks) doit assurer la protection de 37 navires aux commandes d’un destroyer américain.

C’est aussi là que la flotte alliée tombera dans le périscope d’une meute de six U-Boots nazis particulièrement vicieux…

Sinistre

Tom Hanks dispose d’un peu d’expérience comme scénariste, principalement à la télévision (From the Earth to the Moon, Band of Brothers).

Il signe toutefois ici un premier scénario au cinéma.

Et le résultat est assez impressionnant.

Bien que son histoire soit dépourvue de deuxième degré, Hanks nous a concocté un drame de guerre intense qui se veut un hommage à la minutie et à la débrouillardise qui étaient nécessaires à l’époque pour survivre dans l’Atlantique Nord – disons que les communications sur un bateau et entre navires n’étaient pas aussi faciles qu’aujourd’hui…

Les sinistres U-Boots du réalisateur Aaron Schneider (Get Low) ont des airs du requin dans Jaws: un ennemi invisible qui peut frapper de partout sans avertissement.

Les scènes de bataille sont très impressionnantes, surtout une qui rappelle l’époque des bateaux à voiles et des pirates.

Financé par Sony, le film fait honneur aux caméras du gérant japonais alors que les images sont magnifiques et que l’océan est rendu avec une férocité rarement vue au cinéma.

Bref, un film très divertissant doté de qualités artistiques non négligeables. Après quatre mois de pandémie et de cinéma assez ordinaire, voilà un cadeau qui se prend très bien.

(Quatre étoiles sur cinq)

 

Showbiz Kids: éducatif, mais beaucoup trop convenu

Le documentaire Showbiz Kids (HBO Max, Crave) offre un point de vue intéressant sur les conséquences néfastes que peut avoir la célébrité sur la vie des enfants qui travaillent dans l’industrie du cinéma. Malheureusement, il n’apporte pas grand-chose de nouveau à une situation qui est critiquée depuis de nombreuses décennies.

Le comédien, scénariste et cinéaste Alex Winter a fait ses débuts à Hollywood à l’âge de 20 ans, dans le suspense Death Wish 3 (1985).
On l’a depuis vu dans certains films devenus cultes comme The Lost Boys (1987) et Bill & Ted’s Excellent Adventure (1989).

Dans le documentaire Showbiz Kids, celui qui travaille maintenant principalement derrière la caméra nous transporte dans les coulisses de l’industrie du cinéma, un milieu qui peut être très toxique pour les enfants qui y travaillent.

Winter s’est entretenu avec une panoplie d’anciens enfants comédiens, dont Evan Rachel Wood (Little Secrets et Thirteen), Milla Jovovich (Chaplin), Will Wheaton (Stand by Me, Star Trek: The Next Generation), Henry Thomas (E.T.), Mara Wilson (Matilda) et Todd Bridges (Diff’rent Strokes).

Chacun raconte son histoire à titre d’enfant sur les plateaux de tournage. Et plusieurs révélations ont de quoi déranger.

Par exemple, Bridges souligne que pratiquement tous les enfants qui font carrière à Hollywood sont victimes d’abus sexuels.

Wood en rajoute une couche en expliquant que les jeunes n’ont pas le choix de se soumettre aux abus puisque des centaines d’autres attendent en coulisse pour prendre leur place.

Wilson indique qu’elle a été rejetée par Hollywood après avoir grandi, parce qu’elle «était une belle enfant, mais pas une belle adolescente».

Quant à Thomas, il regrette de ne pas avoir eu une enfance normale, lui qui a toute sa jeunesse été considéré comme «le petit garçon dans E.T.»

Tout ça est très intéressant. Le problème, c’est qu’on y apprend pas grand-chose de nouveau.

La très grande majorité des comédiens interviewés ont souvent fait part, dans le passé, de l’enfer de leur enfance.

Wood a témoigné devant le Congrès américain. Wilson a écrit un livre. Bridges a fait l’objet d’un documentaire. Et Wheaton en a parlé sur toutes les plateformes inimaginables.

Preuve que le sujet n’a rien de nouveau: afin d’appuyer son propos, Winter a recours à des images d’archives dans lesquels ses sujets racontent leur passé.

D’une durée d’à peine 90 minutes, Showbiz Kids s’écoute bien et conscientise. Son sujet est cependant réchauffé et son approche, beaucoup trop orientée, manque d’originalité.

(Deux étoiles et demie sur cinq)