On peut dire qu’aujourd’hui c’est la fête du patron des pèlerins: saint Jacques! Chaque année, ils sont des milliers à prendre la route pour aller se recueillir sur le tombeau du Majeur. Mais pas besoin d’aller en Espagne pour goûter aux bienfaits du pèlerinage. Il y a un Compostelle près de chez vous.

Je veux partir en pèlerinage. Ne me parlez pas d’un pèlerinage «virtuel». Je commence à développer une allergie aiguë à ce mot. Au départ, ça fascine la virtualité. Mais à la longue, ça façonne des êtres privés de certaines dimensions essentielles.

Lorsque les échanges de messages électroniques remplacent les longues conversations des soirs d’été, c’est dommage. Lorsque les concerts en ligne sont vendus avec le mirage que c’est aussi bien dans notre salon, ça sonne faux. Lorsqu’on vante les messes vues à travers un écran qui nous privent de la communion tant eucharistique qu’avec des frères et sœurs, je suis perplexe. Lorsqu’on me propose un pèlerinage virtuel, je décroche. Je veux prendre ma revanche et partir. Pour de vrai!

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Je veux un vrai pèlerinage. Celui qui me fait passer d’un lieu à un autre. Qui me fait quitter un lieu connu et sécurisant. Qui m’oblige à mettre de côté ma routine et mes habitudes. Je veux aller vers un lieu où les possibles sont infinis parce qu’il me fait voyager loin dans mon histoire d’hier et de demain.

Pour la destination de mon pèlerinage, je choisirai une merveille naturelle. C’est bizarre que pour trouver la beauté, il vaut mieux se tourner vers la nature non altérée par la civilisation. Je pense aux plages avec leurs coquillages et leur odeur de varechs. Ou aux collines qui forment les belles vallées de Memramcook et le long du fleuve Saint-Jean. Ou encore aux montagnes du Restigouche.

J’aimerais aussi que le lieu soit sacré. Comme le phare de Miscou. Ou les terres de Grand Pré. Peut-être même la grotte de Saint-Louis ou le sanctuaire de Sainte-Anne-du-Bocage. J’aimerais avancer vers un lieu qui me fait reculer dans mon histoire. Pour prendre mon élan et aller encore plus loin.

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Mon pèlerinage, je veux le faire avec mon corps: je veux marcher, pédaler, courir. Recréer ma vie en refaisant mon corps par l’effort et l’endurance. Aussi par le soleil et le vent. Je veux respirer, manger et boire pour laisser mon corps transformer l’air, la nourriture et la boisson qui deviendront ma chair et mon sang. Je veux redonner à mon corps agilité et souplesse pour inventer les gestes novateurs qui conviennent pour soulager la souffrance.

Je veux revenir du pèlerinage avec un corps fatigué et un esprit renouvelé. Transfiguré aussi par tout ce que j’aurai vu, senti, entendu, goûté et touché. Parce que le pèlerin voyage d’une manière unique: il laisse les lieux entrer et passer en lui pour se laisse toucher et transformer, alors que le touriste passe devant des lieux. Et lorsque c’est l’horizon qui est devant, celui à l’intérieur de soi s’élargit aussi.

Je veux aussi vivre le pèlerinage avec mon intelligence. Faire le trajet avec mes neurones capables de concevoir tant de choses. Capables d’imaginer le pèlerinage comme une parabole de ma vie. Parce qu’ici-bas, je suis en marche. Avec un pas qui ralentit avec les années. Vers une destination que j’espère trouver plus belle encore que dans mes rêves les plus fous.

Cet été, je veux partir en pèlerinage. Et je veux aussi en revenir. Par un autre chemin. Avec la joie de retrouver mon travail et mes amis qui ne seront plus les mêmes. Je ne les verrai plus de la même façon. Ce n’est pas tellement eux qui auront changé. Ce sera davantage moi. Je serai différent, transformé par une expérience qu’aucune réalité virtuelle ne pourra remplacer.

Je pars en pèlerinage. Je ne sais pas encore où, mais je sais pourquoi. On se retrouve en septembre!

Cette semaine…

Pensé aux Jeux olympiques de Tokyo qui auraient dû commencer cette semaine. Mais vous connaissez le refrain: «À cause de la pandémie mondiale…» De nos jours, les Olympiques ne sont pas toujours pour valoriser le bien-être. C’est aussi pour faire rouler l’économie. Pour redorer le blason d’une ville. Pour faire valoir les corps d’ébène. Nos pèlerinages sont peut-être plus fidèles à l’esprit olympique du baron de Coubertin: un esprit sain dans un corps sain.

Vanté le charme de la Véloroute de la Péninsule. Mais il y a aussi de belles pistes à Kouchibouguac, au Madawaska ou sur le bord du détroit de Northumberland, etc. Le vélo peut être le véhicule du pèlerinage. Il peut nous amener loin. Plus loin que nos pieds. Loin sur la route. Loin dans nos pensées.

Marché le chemin du rosaire à Ste-Anne-du-Bocage. Impossible de rencontrer Dieu à travers les rassemblements cette année. En le cherchant ailleurs, nous faisons la merveilleuse découverte qu’Il explose de partout, comme un feu d’artifice. J’ai souri quand je l’ai entendu jouer avec les oiseaux en les arrosant abondamment.

Remarqué en classant la chronique dans mon fichier d’ordinateur qu’il s’agit de la 700e. C’est un long pèlerinage que j’ai commencé il y a plus de 15 ans. Il m’a permis de croiser tant de gens qui m’ont soutenu et interpellé. Vous en faites partie. Je remercie le journal d’ouvrir cette fenêtre sur la dimension spirituelle de nos vies. Merci à mon Église pour le soutien dès les commencements. Merci à vous lecteurs et lectrices. Votre fidélité soutient la mienne.