Vivement un vaccin!

J’attends le vaccin. Celui qui va nous sauver du mozusse de virus et, corollairement, sauver l’humanité du marasme délirant où l’ont entraînée les chocs traumatisants des deux premières décennies de ce troisième millénaire.

Notre beau millénaire flambant neuf est décidément stressant! Que ce soit le terrorisme, si cruellement illustré en 2001 par la chute des tours du World Trade Center, ainsi que les attentats de Paris en 2015; ou les fléaux naturels comme le tsunami de 2004 dans l’océan Indien, ou le séisme d’Haïti en 2010; ou les innombrables vagues de chaleur transcontinentales; ou les éruptions volcaniques, telles que celle du Eyjafjöll, en Islande, en 2010, qui avait bloqué la circulation aérienne internationale; ou encore les ouragans comme Katrina qui dévasta la Nouvelle-Orléans en 2005, ou nombre d’autres inondations qui noient la planète, quand ce ne sont pas les gigantesques feux de forêts qui la dévorent, comme celui de Fort McMurray en 2016: bref, rien n’est ménagé à la planète et à l’humanité depuis le début du siècle.

En fait, il ne manquait qu’un infime virus capable d’engendrer une pandémie universelle pour mettre l’humanité à genoux, et c’est fait!

Maintenant qu’on est à genoux, il ne nous reste plus qu’à prier. Et aussi, comme on disait dans l’ancien temps, «avoir le ferme propos de ne plus recommencer». C’est le bout le plus difficile…

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On nous a présenté ce futur vaccin comme une panacée, comme le boutte du boutte. Holé qu’on a hâte! On a crinqué l’attente planétaire à un niveau ultissimal.

La dernière fois qu’un événement fut attendu avec autant d’espérance, ce fut la naissance du divinenfant dans la crèche de Bethléem, annoncée «depuis plus de quatre mille ans, nous le promettaient les Prophètes».

Ce scénario de la crèche est aussi porteur d’un message codé d’une urgente actualité. On sait, en effet, que le saint bambin fut réchauffé par l’haleine de l’âne et du bœuf Angus. Sans oublier l’haleine de Joseph, Marie, les bergers, les moutons, les rois mages, les chameaux et quelques anges gardiens distribuant discrètement du Listerine.

La crèche était joliment crowdée et cette haleine collective étouffante préfigurait le réchauffement climatique actuel auquel contribuerait, à hauteur de 15% environ, l’élevage intensif du bétail, sans négliger le fait que le saint bambin était capable de provoquer une canicule d’un simple clin d’œil!

Et tout ça est dans la Bible, où l’on trouve de tout, pour tout. Comme au Dollarama!

Toutte est dans toutte!

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Donc, parmi ceux qui attendent le vaccin: les États et les gouvernements, qui en profiteront pour se refaire une beauté politique, pour accroître leur pouvoir, et dans certains cas, leur domination. Il me semble que notre dépendance envers les gouvernements n’a jamais été aussi manifeste. Même ceux et celles qui ânonnent ne pas s’intéresser à la politique en mangent maintenant à longueur de journées confinées!

Attendent aussi fébrilement, les grandes machines à fric pharmaceutiques. Elles voient déjà pleuvoir les milliards. Elles voient grimper leur cote en Bourse. Elles sentent se gonfler leur prestige, surtout depuis qu’il a été décidé, en début de pandémie, que tout passait par un vaccin.

Et, naturellement, le corps médical aussi est dans l’attente. Dépassés par les événements, nos anges gardiens, qui travaillaient plutôt dans l’ombre, sont projetés sous les feux des médias! Ils doivent performer comme jamais, au risque de perdre leur crédibilité. Le vaccin les sauvera!

Toutte est dans toutte!

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Parlant vaccin, je sais qu’au Niou-Bi la vaccination scolaire est controversée. J’ignore si les vaccins contre la grippe, le zona, l’hépatite, les maladies tropicales créent autant de remous, mais à entendre certains commentaires sulfureux sur la vaccination scolaire, on se surprend à penser au vaccin contre la rage!

Certes, les parents sont les premiers protecteurs des enfants et ne sauraient abandonner cette responsabilité au gouvernement. En revanche, le gouvernement doit pourvoir au bien-être commun, ce qui inclut la protection d’enfants vulnérables.

C’est à une sorte de débat sur la quadrature du cercle que se livrent le ministre Cordy et les anti-vaccins, et j’avoue en avoir perdu mon latin à ce sujet.
Une manière de régler le problème serait peut-être de fendre la poire en deux: d’un côté, le gouvernement ne rend pas obligatoire la vaccination et de l’autre, les parents qui la refusent pour leurs enfants signent une décharge libérant l’école, les autorités scolaires et le gouvernement de toutes responsabilités légales, médicales et financières envers eux, en cas de problème futur à ce sujet.

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Les libertés individuelles sont également remises en cause, apparemment, dans la question du port du masque sanitaire pour endiguer la pandémie du mozusse de virus.

Encore là, je ne parviens pas à bien saisir les arguments des anti-masques. Certes, le fait de rendre le port du masque obligatoire en certains lieux et en certaines circonstances grafigne un peu le vernis de nos libertés constitutionnelles, mais aucune personne sensée ne saurait soutenir, objectivement, qu’il s’agit d’une entrave majeure à sa liberté!

D’ailleurs, je ne serais pas étonné d’apprendre que les anti-masques d’aujourd’hui, comptaient, par esprit de contradiction, parmi les pro-masques lors du débat sur le port du masque pendant la grève des Carrés rouges, en 2012, au Québec. La Ville de Montréal avait voulu en interdire le port et de partout fusèrent les hauts cris prédisant littéralement la chute de la démocratie et l’avènement d’un État totalitaire.

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Certains aiment se faire peur, à force de lire des théories complotistes sur l’Internet. Ils se nourrissent aux qu’en-dira-t-on, raffolent des vidéos «obscures» largement diffusées partout et que personne n’aurait vues avant eux, ce qui relève quasiment du miracle.

Le même phénomène se produit avec les clients de bars qui, au nom de la liberté, refusent de donner leurs coordonnées pour qu’on puisse plus facilement les retracer advenant une éclosion du virus. Comme s’ils ne répandaient pas déjà tous azimuts leurs habitudes de vies, leurs goûts, leurs fantasmes privés même, à coup de cartes de crédit et de débit!

Finalement, j’attends toujours un vaccin. Ce serait bon d’en trouver un aussi contre la bêtise humaine.

Han, Madame?