Souvenirs de la huitième merveille du monde

J’ai récemment pris beaucoup de plaisir à lire Le Géant Ferré – La huitième merveille du monde, une brique de 600 pages fort riche en anecdotes que l’on doit aux auteurs Patric Laprade et Bertrand Hébert.

Je m’attendais à apprendre plein de trucs au sujet de celui qui était mieux connu sous le nom d’André The Giant et dont le véritable nom était André Roussimoff. Le duo Laprade-Hébert ne m’a pas déçu. Comme ça avait été aussi le cas lors de leurs deux premières collaborations: À la semaine prochaine si Dieu le veut! et Maurice Mad Dog Vachon.

C’est sans oublier que les photos inédites y sont également très nombreuses, doublant du même coup notre plaisir.

J’ai personnellement eu l’occasion de voir lutter le géant à deux reprises. La première fois c’était en 1972, au Colisée de Caraquet. Ferré était alors en excellente condition physique et ne traînait pas de kilos en trop.

J’ignore toutefois pourquoi, mais dans mes souvenirs de gamin j’étais convaincu qu’il avait affronté Mad Dog Vachon à Caraquet. Sauf qu’après avoir discuté avec quelques personnes qui étaient également présentes, dont l’ancien défenseur des Alpines de Tracadie Gaétan Chiasson, l’adversaire du géant ce jour-là était Don Leo Jonathan. Ce dernier ne donnait pas sa place lui non plus du haut de ses 6 pieds 6 pouces.

La deuxième fois remonte en décembre 1988 au Colisée de Moncton face à Jake The Snake Roberts. J’étais assis au banc des joueurs quand le géant, qui campait le rôle de méchant à l’époque, est passé tout près de moi en coup de vent, le visage terrorisé après que son opposant lui a présenté son énorme boa. C’était quelque chose de voir un colosse de 7 pieds 4 pouces et 517 livres, la peur dans les yeux, courir comme si sa vie en dépendait.

Mais pour dire vrai, je soupçonne qu’André se dépêchait plutôt d’aller rejoindre ses amis dans le vestiaire afin de reprendre sa partie de cartes. C’est du moins ce que j’en déduis après ma conversation avec Hubert Gallant. Oui, oui, The Handsome Hubert Gallant, comme il se faisait appeler à l’époque qu’il luttait.

«J’ai été dans le vestiaire pour le saluer ce soir-là, m’a confié Hubert en entrevue téléphonique. Paul Peller (Paul Pellerin) était déjà là en train de jouer aux cartes avec lui. Paul en est un autre qui aimait beaucoup jouer aux cartes. André m’a reconnu tout de suite. Nous avons eu le temps de jaser un peu. C’est la dernière fois que je l’ai vu.»

Contrairement à ce qu’on pourrait croire, ce n’est pas dans les Maritimes que Hubert Gallant a eu l’occasion de connaître le géant, mais bien pendant ses tournées dans l’Ouest canadien et aux États-Unis, plus précisément dans les deux Caroline (du Sud et du Nord).

«La première fois que j’ai vu André remonte en 1976 en Caroline du Sud. Comme je parlais français et que Frank Valois qui l’accompagnait normalement n’était pas présent, nous sommes devenus immédiatement amis. C’est impressionnant quand tu le vois pour la première fois. Je me rappelle que nous nous étions rendus à la ville suivante en auto et ça avait pris environ une heure pour s’y rendre. Tous les gars ont eu le temps de boire trois ou quatre bières pendant le voyage. André, lui, avait bu une caisse de 12.»

C’est par ailleurs en Caroline du Nord que Hubert aura l’occasion de prendre part à une bataille royale dans laquelle prenait part aussi le géant. C’est la seule fois que les deux amis se sont retrouvés en même temps sur le ring. Pour la petite histoire, Ric Flair, Greg Valentine, Blackjack Mulligan et Dino Bravo étaient également de la partie. C’est toutefois un certain Rufus R. Jones qui remportera la bataille royale et la «bourse» de 10 000$.

«Nous avons aussi été en même temps dans la Stampede Wrestling en 1978 et 1979. Comme j’avais une grosse Ford LTD, c’est avec moi qu’André voyageait pendant ces deux tournées. Il aimait ça parce qu’il y avait de la place pour bouger. Par contre, je ne voyais pas la vitre du passager parce qu’il la cachait avec son corps. À chaque Stop, j’étais obligé de lui demander s’il y avait une auto qui s’en venait de son côté», m’a-t-il lancé en riant.

«André était vraiment quelqu’un de généreux. Et tant que les gens le respectaient il était un gentil géant. Je l’ai vu se fâcher une seule fois. Un soir, dans un bar à Calgary, il y avait plusieurs fans de lutte qui sont venus lui parler, dont cette femme qui n’arrêtait pas de faire des remarques sur son physique et son apparence.  »My God you’re big! My God your head is big! My God!’’ Elle n’arrêtait pas et ne semblait pas vouloir s’en aller. André est venu tanné et l’a envoyé promener. Il n’aimait pas être le centre d’attention. Lui, tout ce qu’il voulait c’était être un gars de la gang», m’a raconté Hubert Gallant.

Big Stephen Petitpas en est un autre qui a bien connu André et il en conserve de précieux souvenirs. D’autant plus que sa rencontre avec le géant coïncide avec ses premiers pas dans l’univers de la lutte.

«La première fois que je l’ai vu, j’arbitrais des matchs pour Atlantic Grand Prix Wrestling. C’est Émile (Dupré) qui m’a donné ce premier travail. J’avais 16 ans dans le temps. J’étais déjà dans le vestiaire quand André est entré. Il y a eu un long silence. Non seulement il était grand, mais sa tête de cheveux était aussi large que la porte. C’était impressionnant. Je mesurais pourtant 6 pieds 3 pouces et ma tête n’allait qu’à son estomac. Je me souviens qu’il ne t’offrait que l’index et le majeur pour te serrer la main parce que c’est tout ce que ta main pouvait faire le tour. C’était vraiment un bon gars et il n’était pas du tout compliqué. Il était aussi toujours de bonne humeur», m’a révélé Stephen, qui s’est également fait connaître au Québec sous le nom de Sheik Ali.

«Je me rappelle de la fois que j’ai arbitré un match d’André contre Don Leo Jonathan à la petite aréna de Sainte-Marie à Shediac. Elle n’existe plus aujourd’hui. Émile avait vendu ce combat comme la bataille du siècle. André portait une grosse veste de suède dans le temps et une fois dans le ring il me l’avait lancé en me disant: ‘’Attrape ça!’’. C’était pesant sans bon sens! Ça devait peser comme 25 livres cette affaire-là», m’a conté Petitpas en pouffant de rire.

«Je me souviens aussi d’un voyage en Nouvelle-Écosse dans une petite fourgonnette. En plus d’André, il y avait aussi Léo Burke (Cormier) et quelques autres lutteurs. C’était un voyage d’environ 90 minutes. Léo et André ont fait une gageure pour savoir qui allait boire le plus de bières. Léo a eu le temps d’en boire six et il était déjà un peu pompette. André lui a bu 24 bières. C’était impressionnant. Quand André fermait sa main sur une bière, tu ne voyais plus la bouteille», a-t-il souligné en recommençant à rire.

«Dans le temps, la maladie d’André n’avait pas encore déformé son corps. Il était agile. Je me souviens qu’il racontait que ce n’était pas facile pour lui de voyager en avion. Je peux à peine m’imaginer comment il faisait pour aller au Japon. On parle d’un vol de 18 heures. J’ai fait trois fois le tour du monde pendant ma carrière de lutteur et c’était très difficile pour quelqu’un de grand comme moi. Imagine André!», a-t-il ajouté.