L’extraordinaire série de Jean-Marie s’arrête à 387

Il y a un vieux proverbe français qui dit que les meilleures choses ont une fin.

Je vous préviens tout de suite, je hais ce proverbe. Je le déteste parce qu’il implique (presque) toujours la fin de quelque chose d’extraordinaire. Et l’extraordinaire, voyez-vous, possède cette belle qualité de faire rêver.

Récemment, l’un des plus exceptionnels exploits sportifs de l’histoire de l’Acadie a pris fin après avoir duré un peu plus de 32 ans.

Le dimanche 1er mai 1988, Jean-Marie Breau entamait une série ininterrompue de 387 participations consécutives au Demi-Marathon de l’Acadie.

Pour réaliser ce tour de force, il a dû composer avec des tempêtes de neige, des grippes et bien sûr des envies de faire la grasse matinée. Même une sévère entaille à un genou avec une scie mécanique, en juillet 1990, n’avait pu l’éloigner de ses espadrilles.

Bon jour, mauvais jour, Jean-Marie était là mois après mois, année après année.

Pour vous donner une petite idée de ce Jean-Marie a accompli, sachez qu’il lui a fallu plus de 700 heures pour compléter ces 387 demi-marathons. Il a donc investi près d’un mois de sa vie à courir de la boutique Tissus Ronaline, à Saint-Isidore, à la piscine du Complexe S.-A. Dionne, à Tracadie. Imaginez de voir passer devant chez vous, jour et nuit et pendant un mois, le même homme toutes les deux heures. Ça donne le vertige hein?

En mai 1988, quand il a commencé sa croisade, Ronald Reagan et Brian Mulroney étaient respectivement les chefs d’État des États-Unis et du Canada. Nous n’avions même pas encore vu en salle le premier Die Hard avec Bruce Willis.

Pensez-y, Mitsou était alors la nouvelle révélation musicale francophone avec Bye Bye, mon cowboy. Sylvain Couturier et Marc Saumier, tous deux de l’organisation du Titan d’Acadie-Bathurst, figuraient parmi les grandes vedettes de la LHJMQ. Et c’est sans oublier que Wayne Gretzky n’était pas encore marié avec sa Janet et qu’il appartenait toujours aux Oilers d’Edmonton.

Mieux encore, Guy Lafleur n’avait toujours pas annoncé son retour au jeu avec les Rangers de York après sa première retraite en 1984.

Tenez, pour vous achever, je vous rappelle que votre journal l’Acadie Nouvelle n’était encore qu’un quotidien régional en mai 1988.

Bref, il en a coulé de l’eau sous les ponts depuis que Jean-Marie s’est lancé dans cette folie.

Vous comprendrez aussi pourquoi j’ai voulu parler de tout ça avec lui. Je voulais surtout savoir comment il allait et qui était responsable de la fin de ce long rêve éveillé.

«J’ai une inflammation au genou droit, m’a révélé le sympathique et célèbre moustachu de Tracadie. C’est arrivé comme ça. Je ne sais vraiment pas comment j’ai pu me blesser. Je traînais ce mal depuis la fin juin. J’ai même fait le demi-marathon de juillet en marchant. Ça m’a pris presque quatre heures. Disons que j’avais hâte que ça finisse.»

«Quand j’ai été voir le docteur, il m’a demandé ce qui était arrivé et je ne savais pas quoi lui répondre. Je n’ai pas souvenir d’avoir fait un mauvais pas. Rien», dit-il.

Heureusement pour lui, tout devrait revenir dans l’ordre sous peu.

«Le docteur m’a dit qu’il n’y avait pas d’usure dans mon genou et que tout ce dont j’avais besoin c’est de temps pour que tout revienne en place. Il m’a assuré que j’allais courir bientôt de nouveau et même des marathons si je veux. C’était une bonne nouvelle en soi. Je lui ai d’ailleurs dit que c’était mon plus beau cadeau de fête cette année», raconte en riant celui qui a célébré son 67e anniversaire de naissance le 29 juillet dernier.

Et que fait Jean-Marie en attendant? N’allez cependant pas croire qu’il ne bouge pas. Oseriez-vous demander au lapin Energizer de prendre une pause, vous?

«J’ai moins de patience avec Marcelle (sa conjointe) depuis que mon genou m’empêche de courir», me lance-t-il le plus sérieusement du monde.

Puis j’entends le fameux rire de Marcelle qui se trouve à côté de lui. Ces deux-là ont toujours une belle complicité.

«Non, sérieusement, je prends bien ça. Le moral est bon. Il faut dire que je fais un peu de marche et du vélo. J’ai même fait un kilomètre et demi de course ce matin (mardi) et il n’y a pas d’enflure. Je n’ai pas été vite. Je ne vais pas vite d’habitude, mais là j’étais vraiment slow», dit-il en riant.

«J’y vais au jour le jour et je n’ai pas abandonné l’idée de faire la course de septembre. Je dois rencontrer le physiothérapeute la semaine prochaine. On verra bien», mentionne-t-il.

Notons que Michel McGraw est désormais le meneur actif du Demi-Marathon de l’Acadie avec 22 épreuves consécutives. Il est suivi de Louis-Philippe McGraw et Raymond Gallant qui en comptent 15 de suite. Chez les dames, la palme va à Nathalie Thériault-Roy qui a pris part aux 13 dernières éditions.

«Je vais recommencer une autre série et j’ai bien l’intention de retrouver ma première place», prévient Jean-Marie.

Je termine la conversation en lui demandant ce qu’il pense du projet de voir son nom être ajouté dans l’épellation du Demi-Marathon de l’Acadie. Louis-Philippe McGraw milite depuis quelques jours en faveur de ce changement.

«Ça m’a surpris quand j’ai appris ça», m’a confié Jean-Marie.

«Je n’ai pas l’intention de m’en mêler, même si ce serait un très bel honneur. En même temps, je ne sais pas si je mérite vraiment un tel honneur?», questionne-t-il en terminant.

Le Demi-Marathon de l’Acadie Jean-Marie-Breau? Pourquoi pas?