Le coût du laisser-faire

Les images de l’explosion à Beyrouth m’ont coupé le souffle. Et, en les voyant, j’ai aussitôt pensé que c’était exactement ce qui s’était passé dans l’explosion de Halifax en décembre 1917, la plus importante explosion créée par l’Homme avant la bombe atomique.

Dans le cas de Halifax, l’explosion était due à la collision de deux navires dont un transportait un cocktail détonnant de dynamite, benzol et acide picrique, mais tout s’est déroulé de la même manière: d’abord un incendie, puis une explosion avec une onde de choc telle que des vitres brisèrent en éclat à Truro et que le choc fut ressenti jusqu’à l’Île-du-Prince-Édouard. Suivit une vague, genre tsunami, qui s’abattit sur Dartmouth et des milliers de blessés errant désorientés dans les rues, blessés le plus souvent par l’explosion des vitres.

Mais ce qui relie d’abord et avant tout les deux évènements c’est qu’ils sont le résultat d’une grande négligence: à Halifax le capitaine de port avait, à de nombreuses reprises, prévenu que la circulation sauvage dans le port posait un réel danger, tout comme à Beyrouth l’entreposage d’explosif au milieu de la ville, souvent signalé et toujours ignoré.

Ce qui m’amène à penser que le plus grand danger auquel nous faisons face, en permanence, qu’on habite au Liban ou au Canada, n’est peut-être pas là où on croit. Devant les catastrophes qui nous menacent – pandémies, réchauffement climatique, tueries –, un détonateur commun guette: la négligence, le laisser-aller, ou encore les labyrinthes bureaucratiques. C’est comme ça que nos pays se sont retrouvés sans assez de matériel de protection pour faire face à la COVID-19, comme ça qu’un fou furieux a pu s’armer jusqu’aux dents et tuer 22 personnes en Nouvelle-Écosse, comme ça qu’au lendemain de l’explosion de Halifax on dénombrait 2000 morts, 9000 blessés et 25 000 sans abri (soit la moitié de la population de la ville à l’époque). Et aujourd’hui, c’est le Liban complet qui, déjà affaibli par la négligence générale de ses pouvoirs publics, se retrouve désespéré.