Joseph LeBlanc, dit Le Maigre, militant acadien prospère

Joseph Leblanc, dit Le Maigre, figure parmi une poignée d’Acadiens qui ont activement milité contre la domination britannique de l’Acadie devenue Nouvelle-Écosse. Comme pour plusieurs autres membres de ce club sélect, une prime a été offerte pour sa capture. Après quelques errances, il passera ses dernières années à Belle-Île-en-Mer, en France, auprès de plusieurs de ses compatriotes.

Fils d’Antoine LeBlanc et de Marie Bourgeois, Joseph LeBlanc, dit Le Maigre, est né en 1697 dans la région des Mines, non loin de Grand-Pré. Septième d’une famille de 10 enfants, il épouse en 1719 Anne Bourg, fille du notable Alexandre Bourg dit Belle-Humeur (notaire, délégué et «procureur du roi» pendant un certain temps pour l’autorité coloniale britannique) et Marguerite Melanson.

Joseph LeBlanc devient prospère, tellement qu’il était réputé être l’un des plus riches Acadiens, possédant des propriétés et des terres dans la région des Mines pour une valeur de 10 000 livres.

Alors que les Acadiens tentaient tant bien que mal de maintenir une certaine neutralité entre le conquérant britannique et l’ancienne patrie française qui tentera à plusieurs reprises de reprendre leur colonie perdue, Joseph LeBLanc choisira sans équivoque le camp français.

En 1744, François Du Pont Duvivier se voit confier par le gouverneur de l’Île Royale (Cap-Breton), Duquesnel, de mener une expédition d’environ 350 hommes contre la Nouvelle-Écosse. Il prend d’abord Canseau, puis se dirige à Baie Verte, près de Beaubassin, à destination d’Annapolis Royal (Port-Royal). Joseph LeBlanc dit Le Maigre fera partie d’une douzaine (deux douzaines, disent certain) d’Acadiens qui acceptent d’accompagner les troupes de Duvivier.

Le rôle de Joseph LeBlanc sera d’approvisionner les soldats. Il aurait acheté une centaine de couteaux, quelques haches et fait réparer des fusils pour armer les Mi’kmaq et Malécites qui accompagnaient Duvivier. Le siège d’Annapolis Royal dure quatre semaines et prend fin lorsque deux navires arrivent en provenance de Boston avec des renforts des approvisionnements et que Duvivier apprend que ceux qu’il attendait ne viendraient pas.

Le conseil de la Nouvelle-Écosse convoque Joseph LeBlanc à Annapolis Royal à la suite de cette invasion. Il refuse d’abord de s’y rendre, soutenant que «les nombreux reproches contre lui faussement imputés lui faisaient peur». Il se conforme par la suite et se rend dans la capitale coloniale en compagnie de son beau-père Alexandre Bourg qui a également aidé les troupes de Duvivier. Ils sont soumis à un interrogatoire musclé par le lieutenant-gouverneur Paul Mascarene et son conseil. Joseph LeBlanc se défend, «n’étant pas éclairé à faire distinction de temps de guerre d’avec ceux d’une paix paisible». Étonnamment, il s’en tire avec seulement l’obligation de verser 100 livres comme gage d’une bonne conduite. Alexandre Bourg écope cependant du retrait définitif de son poste de notaire.

Loin d’être dompté, Le Maigre va participer à deux autres tentatives de prendre Annapolis Royal. Lors de l’été 1745, Paul Marin de La Malgue, arrive de Québec avec une petite armée. Il se rend aux portes de l’ancien Port-Royal, mais il décide finalement de ne pas attaquer. Joseph LeBlanc est capturé et emprisonné «dans un affreux cachot chargé de chaînes».

Six mois plus tard, il réussit à s’échapper, à temps pour appuyer une autre expédition, la plus ambitieuse qui sera menée contre la Nouvelle-Écosse, soit en 1746. D’une part, le duc d’Anville quitte la France avec une escadre de 54 navires. De l’autre, Ramezay arrive de Québec avec sept bateaux et près de 700 miliciens canadiens et français.

Ramezay atteint Annapolis Royal à l’été 1746. Il attend le duc d’Anville, mais, peu après son arrivée sur les côtes de la Nouvelle-Écosse, celui-ci a succombé à la maladie qui a ravagé ses troupes. Une forte tempête a également endommagé plusieurs navires, mettant fin à cette expédition. Encore une fois, les rêves de reconquête de Joseph LeBlanc s’estompent.

Ses actions et celles de quelques autres Acadiens ne sont pas passées inaperçues auprès des autorités coloniales. Le gouverneur du Massachusetts, William Shirley, fait publier une déclaration dans le but de capturer des individus ayant collaboré avec les forces canado-françaises. Il nomme expressément Nicolas Gautier, Armand Bugeaud, Joseph LeBlanc et l’abbé Le Loutre, et les accuse de s’être «notoirement rendus coupables au mépris de leur allégeance à Sa Majesté, d’avoir entretenu ouvertement une correspondance avec l’ennemi, de l’avoir aidé et assisté dans les limites de ladite province de la Nouvelle-Écosse».

Shirley poursuit en disant qu’il «ordonne en conséquence, au nom de Sa Majesté, à tous ses sujets résidant dans ladite province d’arrêter le plus tôt possible ledit Gautier ainsi que les autres coupables et de les remettre entre les mains du commandant en chef de ladite province.»

Joseph LeBlanc n’est pas capturé et se réfugie à Port-Toulouse, à l’Île Royale, après la rétrocession de la colonie à la France.

Après d’autres errances, Joseph LeBlanc échappe à la Déportation en se rendant à Saint-Pierre-et-Miquelon. Il y reste quelques années et en 1766, alors que sa femme est décédée, il part avec deux de ses fils pour sa dernière destination: Belle-Île-en-Mer.

Il rédigera plusieurs requêtes et déclarations afin de démontrer son dévouement pour la France et pour réclamer certaines compensations. Il va également faire une impressionnante description de la généalogie de la famille LeBlanc, précisant les endroits où ses contemporains ont été dispersés en raison du Grand Dérangement.

Joseph LeBlanc dit Le Maigre est mort en 1772 dans le village de Kervaux, dans sa patrie française qu’il n’a cessé de défendre.