Tread: le bulldozer de la colère

Je suis un amateur de faits divers inusités. Je ne sais pas comment l’expliquer, mais ça m’allume. Et après avoir vu le documentaire Tread (Netflix), je me demande comment j’ai pu vivre toutes ces années sans savoir qu’en 2004, un homme du Colorado au volant d’un bulldozer fortifié a détruit une partie d’une petite ville en guise de vengeance…

Écrit et tourné par Paul Solet, Tread raconte l’histoire de Marvin Heemeyer, un soudeur qui s’est établi au Colorado au milieu des années 1990 après une carrière dans l’armée.

Heemeyer était un conservateur de droite qui aimait la nature et ne jurait que par le rêve américain et le capitalisme.

Les problèmes de Heemeyer ont commencé quand il a acheté, lors d’un encan, un terrain que convoitait un «notable».

Heemeyer s’est servi du terrain pour lancer une petite entreprise d’entretien de silencieux.

Le «notable» n’a toutefois pas digéré sa défaite et a bâti une cimenterie sur le terrain voisin. Il s’est aussi servi de ses contacts au sein du conseil municipal pour empoisonner la vie de Heemayer.

À bout, l’ancien soldat a vendu son entreprise (pour dix fois le prix qu’il l’avait payée!) et s’est lancé dans son deuxième projet: la construction d’un bulldozer fortifié afin de se venger.

Le 4 juin 2004, Heemeyer est parti à l’assaut des rues de la petite ville de Granby (au Colorado, évidemment, et non au Québec!). Et la police, malgré tous ses efforts, n’a pas pu l’arrêter…

Ahurissant

Quelle histoire ahurissante – qui n’a heureusement fait aucun blessé!

Je reproche souvent aux documentalistes d’avoir un agenda et d’orienter leur propos afin de passer un message politique ou autre.

Ce n’est certainement pas le cas avec Solet dans Tread.

Celui qui a notamment travaillé sur la série documentaire Mars (2016) du National Geographic et qui a tourné le film de fiction Bullet Head (2017) fait un vrai travail journalistique en nous montrant les deux côtés de la médaille.

Dans la première demi-heure, il donne la parole à Heemeyer – par le biais d’enregistrements audios que l’homme a laissés pour expliquer son carnage – et à ses amis.

Les gens visés par le forcené donnent ensuite leur version des faits dans le deuxième acte (indice: ils nient toute responsabilité…).

La finale est une reconstitution fort bien tournée de l’hécatombe. Un magnifique moment de cinéma qui m’a littéralement fasciné.

Une autre preuve que, parfois, au cinéma, les meilleures histoires sont celles qui sont simplement tirées de l’actualité!

(Quatre étoiles sur cinq)

 

Deep Blue Sea 3: mon requin est plus intelligent que le tien

Ah, les animaux génétiquement modifiés qui se tournent vers leurs créateurs pour les bouffer tout rond… La prémisse est aussi vieille que les dinosaures (du moins, ceux de Jurassic Park, en 1993) et ce n’est certainement pas Deep Blue Sea 3 (disponible en location) qui réinvente le genre.

Deep Blue Sea 3 est le plus récent volet de cette franchise qui a vu le jour en 1999.

Franchise qui a perdu beaucoup de lustre avec les années puisque le premier film a réalisé des recettes de 165 millions $ en salles alors que ses suites ont été lancées directement sur vidéo.

L’oeuvre originale, qui met notamment en vedette Samuel L. Jackson et LL Cool J, avait reçu un accueil frisquet des critiques, mais s’est depuis élevée au statut de film culte.

Le second, lancé en 2018, est un gigantesque navet que, malgré ma fascination un peu dérangée pour les films de requins, je ne suis pas parvenu à tout écouter.

Le troisième volet reprend sensiblement les mêmes thèmes que ses prédécesseurs alors qu’on suit une petite équipe de biologistes qui étudient, sur un atoll du Mozambique, l’effet des changements climatiques sur les grands requins blancs et leur environnement.

Les choses se compliquent quand un trio de requin-bouledogues génétiquement modifiés débarquent dans les eaux de l’athol et commencent à tout dévorer sur leur passage.

Aux trousses de ces requins, un groupe de mercenaire embauché pour tuer ou capturer les trois squales – et surtout, pour empêcher que les manipulations qui les ont rendus super intelligents tombent entre les mains de chercheurs compétiteurs.

Le temps presse, toutefois. Si les requins devaient s’accoupler et enfanter, c’est toute la vie marine du globe qui pourrait se retrouver menacée par ces véritables machines à tuer…

Ridicule

Vous avez l’impression que le scénario du film est ridicule? Vous avez parfaitement raison. Attendez maintenant de voir de quelles façons humains et poissons sont tués…

Il est évident qu’Hollywood commence à manquer de façons originales de faire mourir des requins…

Mais bon, un film de requins est un film de requins et ceux qui s’attendent à un scénario politique et poli comme Jaws (1975) sont voués à être déçus.

Au-delà de son insignifiante prémisse, Deep Blue Sea 3 ne produit à peu près pas de moments de tension, présente des requins pixelisés un peu gênants, son héroïne est beaucoup trop objectifiée et il s’étire sur au moins 20 minutes de trop.

Le film se veut bien une espèce de mise en garde contre les dangers d’interférer avec les lois de la nature, mais le sujet est à peine effleuré.
Sans être un navet, Deep Blue Sea 3 est un divertissement de bas étage qui ne figurera jamais dans le top 20 du genre.

(Deux étoiles sur cinq)