Tolérance zéro?

J’ai suivi avec intérêt le cas du professeur de l’Université de Moncton accusé par bien des femmes – certaines que je connais – de harcèlement et de sexisme. J’ai étudié à l’Université Memorial à Terre-Neuve dans les années 70 et bien que je n’aie jamais été moi-même victime de ces pratiques, je sais qu’elles existaient et je me doute bien qu’elles existent encore. Un des professeurs de mon département, sur lequel circulait à l’époque des histoires sordides, a été, en fin de carrière, accusé de viol par une étudiante et a fait de la prison, c’est dire!

Je ne peux qu’imaginer le courage qu’il a fallu à cette jeune femme pour se rendre jusqu’à la barre des témoins et la terreur qui a dû paralyser tant d’autres victimes et les contraindre au silence. Les médias sociaux facilitent aujourd’hui ce genre de témoignages. Mais est-ce vraiment comment ça que les choses devraient se passer? Et que font les institutions au cœur de ces scandales?

Toutes les universités disent avoir une politique de «tolérance zéro» vis-à-vis du harcèlement, mais permettez-moi de douter de son efficacité lorsqu’un membre du corps enseignant peut opérer ainsi sur la durée. Il y a loin entre proclamer une «tolérance zéro» et lutter activement contre ce fléau.

Une vraie lutte suppose plus: par exemple, d’avoir sur chaque campus un responsable de cette question, un bureau, une ligne téléphonique, bref un mécanisme pour que les plaintes puissent être faites sur le champ et les victimes entendues, écoutées et soutenues dans le difficile processus judiciaire. On pourrait aussi faire plus de prévention, en parlant clairement du harcèlement lors de l’orientation initiale des étudiants et expliquer la marche à suivre… au cas où. On pourrait aussi aviser le corps professoral que toute allégation sera immédiatement portée à l’attention de la police. Bref, agir!

Ce faisant, en créant un chemin sécuritaire pour les victimes, on protégerait par la même occasion l’intégrité de la justice, maillon essentiel de notre démocratie, qui ne peut pas être rendue sur les réseaux sociaux.