Une manoeuvre de génie

Peu importe l’issue des tribulations des derniers jours, l’offre de Blaine Higgs aux partis de l’opposition mérite à tout jamais sa place au panthéon de la manoeuvre politique. On peut certainement douter de sa conformité avec les principes du parlementarisme de Westminster, mais il est impossible de nier le génie de la tactique sur le plan politique.

Alors qu’il s’apprêtait à devoir porter le fardeau d’avoir déclenché un scrutin général deux ans plus tôt que prévu au beau milieu d’une pandémie, le premier ministre a réussi avec sa proposition à brouiller suffisamment la trame narrative pour se donner une porte de sortie moyennement crédible devant l’électorat.

Blaine Higgs aura en plus réussi à créer un peu de friction au sein du caucus du Parti libéral en forçant Kevin Vickers à s’asseoir à la même table que lui et Kris Austin pendant trois jours. Celle-là, de nombreux libéraux francophones ne l’ont pas du tout trouvée drôle.

Évidemment, certains n’accepteront jamais la version de M. Higgs selon laquelle il a fait absolument tout en son pouvoir pour éviter d’avoir à déclencher des élections jusqu’à ce que les vilains partis d’opposition lui forcent la main. Il est clair que la proposition du premier ministre n’a pas été élaborée en vue de maximiser ses chances d’être adoptée par les autres partis. La longueur du mandat demandé, la brièveté du délai alloué aux négociations et l’obligation d’obtenir la signature des trois partis d’oppositions sont autant d’obstacles qui auraient pu être éliminés d’emblée pour faciliter le succès de l’opération.

M. Higgs pourra malgré tout répéter à tous ceux qui voudront l’entendre durant la campagne électorale qu’il voulait sincèrement faire de la politique différemment et qu’il ne voulait pas d’élections à ce moment-ci de son mandat.

Certains le croiront et d’autres pas, mais le premier ministre est assurément en meilleure posture qu’au même moment une semaine auparavant. Malheureusement pour lui, la majorité des Néo-Brunswickois ne veulent toujours pas d’élections.