Unhinged: ou l’art de presser le citron au maximum

Si vous ou moi étions victimes d’un cas de rage au volant, l’incident durerait probablement quelques secondes. Dans Unhinged (en salle depuis jeudi), le cinéaste Derrick Borte fait durer le cauchemar pendant 93 longues minutes. Pas besoin de vous dire que le citron est pressé au maximum…

Rachel (Caren Pistorius) est une coiffeuse récemment divorcée qui a la garde de son fils préadolescent.

Un matin, après avoir trop dormi, elle est forcée de se dépêcher outre mesure pour déposer son garçon à l’école et se rendre au travail.

Malheureusement pour elle, la circulation est dense et les routes ont des airs de stationnement.

À une intersection, elle s’emporte contre le conducteur du véhicule qui se trouve devant elle et qui ignore le feu vert.

L’homme (Russell Crowe), qui a brutalement assassiné sa femme et l’amant de celle-ci quelques heures plus tôt, prend très mal les coups de klaxon insistants de Rachel.

Le psychopathe décide donc de «faire passer une mauvaise journée» à la jeune femme. Et personne dans l’entourage de Rachel ne se retrouve à l’abri de cet enragé qui n’a rien à perdre…

Divertissant, mais…

L’oeuvre de Derrick Borte (The Joneses) et du scénariste Carl Ellsworth (Disturbia, Red Eye) est un divertissement correct, mais qui comporte de nombreuses failles.

Les quinze premières minutes m’ont tout d’abord donné la nausée. Pourquoi? Parce qu’on les passe dans une voiture coincée dans la circulation. Je ne sais pas pour vous, mais moi, ce n’est pas ma définition d’un divertissement…

Le film est aussi tout sauf subtil. Rien n’est gratuit dans les dialogues et on réalise très rapidement que chaque pépite d’information qui nous est livrée va resservir plus tard dans un soit-disant rebondissement.

On sent aussi que Unhinged essaie maladroitement d’extraire le maximum d’un sujet qui est, disons-le, limité. Le scénario multiplie en effet les coïncidences heureuses ainsi que les entourloupettes douteuses ou exagérées pour que le film dure plus que quelques minutes.

Unhinged est de plus prévisible et convenu. Le sujet a beau être original, le film ne nous transporte pas pour autant dans des situations que l’on a pas déjà vues 1000 fois au cinéma.

Tout n’est toutefois pas mauvais.

Russell Crowe – que l’on n’avait pas vu au cinéma depuis trois ans – est totalement terrifiant dans le rôle de l’enragé.

La Sud-Africaine Caren Pistorius se débrouille également plutôt bien.

Au final, il est bon de pouvoir de nouveau voir des films à grand déploiement au cinéma. Unhinged n’a rien d’un chef d’oeuvre, mais il vaut à coup sûr bien mieux que la majorité des films qui ont été mis en ligne ici et là pendant la pandémie.

(Trois étoiles sur cinq)

 

Black Water – Abyss: un croco qui manque de mordant

Je n’aurais probablement pas accordé la moindre attention au film australien Black Water – Abyss (en location en ligne) si je ne m’étais pas souvenu que ce sont les Aussies qui nous ont donné, il y a 13 ans, le meilleur film de l’histoire mettant en vedette un crocodile mangeur d’hommes, Rogue.

J’ai donc donné sa chance à Abyss, tout en gardant mes attentes au niveau du plancher.

Il faut dire que côté crocodiles, Hollywood nous a bien servi ces dernières années.

Sorti sur grand écran l’été dernier, Crawl s’est imposé comme un des meilleurs films d’horreur du jeune millénaire.

L’année précédente, on avait eu droit à The Pool, un suspense thaïlandais dont on a très peu entendu parler, mais qui vaut absolument le coup d’oeil.

Ajoutez à cela le film culte Lake Placid (1999) et le superbe Rogue (qui met en vedette de jeunes Radha Mitchell, Sam Worthington et Mia Wasikowska avant qu’ils fassent le saut à Hollywood) et vous avez là un genre dans lequel il commence à être difficile d’innover.

Le scénario de Black Water: Abyss est d’ailleurs assez banal.

Cinq amis se lancent dans l’exploration d’une caverne souterraine du nord de l’Australie. Quand une crue soudaine fait monter le niveau de l’eau dans le réseau de grottes, ils réalisent qu’ils se sont aventurés sur le territoire d’un crocodile.

Pourront-ils trouver une sortie avant que le niveau de l’eau devienne trop haut?

Le cinéaste Andrew Traucki n’en est pas à ses premiers pas dans l’antre des crocodiles.

En 2007, il nous avait offert l’efficace, mais rapidement oubliable Black Water.

Il poursuit ici sur le même thème (et la même région du monde), mais avec une histoire et des personnages totalement différents.

Le résultat n’est pas mauvais en soit. Malgré son scénario très convenu, Abyss nous offre quelques moments de tension intéressants. Le problème, c’est que la sauce est beaucoup trop étirée.

D’une durée de 98 minutes, le film ne propose que cinq victimes potentielles, ce qui fait que nous sommes de beaucoup trop longs moments sans voir le crocodile en action.

Quand il est à l’écran, l’animal constitue une menace correcte, mais qui n’a absolument pas l’envergure des monstres des meilleurs films du genre – parce qu’on lui voit beaucoup plus souvent le dos que les dents…

Bref, plutôt que de guetter les apparitions du saurien, on regarde sa montre…

Malgré son montage très gênant, la finale innove un peu, mais vraiment pas assez pour faire d’Abyss un film à voir absolument.

(Deux étoiles et demi sur cinq)