De la relativité des droits linguistiques

Quand on a passé le plus clair de sa vie active à se battre pour ses droits, il est affligeant de considérer la situation actuelle. Le bilan de l’état de nos droits linguistiques, durant la première moitié de 2020 – exercice utile en temps d’élection en cours ou potentielle et en temps de crise pandémique – n’est pas joyeux.

Inutile de préciser que la colonne des «avancées» est dérisoire face aux «reculs». Je vois deux succès: la décision de la Cour suprême du Canada en faveur du financement des écoles françaises en Colombie-Britannique et, après une campagne soutenue, la décision d’inclure une question sur les ayants droit francophones dans le recensement 2021.

Dans la colonne des reculs il y a – et la liste n’est pas exhaustive! – la menace de fermeture du Campus Saint-Jean de l’Université de l’Alberta, un cas criant de manque de services en français chez Ambulance Nouveau-Brunswick, l’autorisation par Ottawa d’un étiquetage unilingue anglais de certains produits dangereux, la décision de l’Ontario de se passer des cours de français à la rentrée, l’idée de revoir les exigences linguistiques de la fonction publique provinciale du Nouveau-Brunswick et le report des modifications à la Loi sur les langues officielles.

Ce qui est particulièrement inquiétant c’est que ces reculs ne sont pas tant idéologiques que pratiques. Dans tous les cas, il y a une clause «parce que»: étiquetage unilingue parce que ça presse, pas de service en français dans les ambulances pour cause de congés, pas de français dans les classes ontariennes par manque de fonds, idem pour la seule institution postsecondaire francophone de l’Alberta, report de la modernisation de la Loi par manque de temps, etc.

Depuis quand un droit constitutionnel est-il assorti d’exceptions? Imaginez le droit de vote assorti à la mention «là où il y a le temps, l’argent, le personnel»? Un droit accompagné de dérogations n’est pas un droit.