Roderick Mackenzie: le raid envers les réfugiés acadiens en 1761

En 1761, le commandant du fort Cumberland (ancien Fort Beauséjour), Roderick MacKenzie, a parcouru la côte nord de ce qui est maintenant le Nouveau-Brunswick, afin de capturer le plus d’Acadiens possible. Des centaines furent ainsi arrachés des établissements naissants et emprisonnés jusqu’à qu’à la fin de la guerre de Sept Ans. Cet épisode sera l’une des dernières chasses à l’homme du Grand Dérangement.

À l’automne 1761, les grandes déportations sont terminées. Des centaines d’Acadiens ayant réussi à fuir sont cependant toujours sur le territoire relevant du gouvernement de la Nouvelle-Écosse, soit les provinces maritimes actuelles. Un grand nombre se trouve le long des côtes nord et est du Nouveau-Brunswick d’aujourd’hui, certains ayant même esquissé un début d’établissement, preuve qu’ils avaient bien l’intention d’y rester.

Mais les autorités à Halifax ne l’entendent pas ainsi. Pas encore du moins. Après la bataille de Ristigouche, en 1760, plusieurs Acadiens restent sur place. Un débat entre les chefs britanniques a lieu au sujet de leur sort.

Le gouverneur du district de Québec, James Muray, veut attirer les Acadiens au Canada où on leur accordera des terres. En février 1761, il envoie sur place un représentant pour faire connaître ses intentions. En avril, il propose de faire venir les réfugiés de la baie des Chaleurs dans la région de Montréal, mais y renonce. Puis, en juillet, il somme des Acadiens de venir à Québec avec leur famille, d’où ils pourront s’établir «quelque part dans la colonie». Pierre du Calvet a la tâche de les recenser et les convaincre.

Mais très peu répondront à l’appel.

Entre en jeu Jonathan Belcher, successeur de Charles Lawrence comme administrateur de la Nouvelle-Écosse. Celui qui a rédigé «l’acte d’accusation» des Acadiens lorsque la Déportation a été décidée lutte et luttera jusqu’à la fin pour qu’aucun Acadien ne puisse demeurer ou se rétablir dans la province.

Les Acadiens, un danger, il faut les déloger

Belcher multiplie les dépêches à Londres affirmant que les Acadiens de la côte nord constituent un danger. Dans une lettre aux lords du Commerce datée du 14 avril 1761, il dit que les Acadiens à Restigouche n’ont pas fait leur soumission et sont une menace pour la sécurité des colons qui voudront s’y établir.

«Les gens préparent et arment des vaisseaux pour courir sus aux vaisseaux de commerce», écrit-il. Il demande l’opinion des lords «concernant l’urgence de prendre des mesures à l’égard des Acadiens.»

En août, il tient le même discours lors d’une séance de son conseil.

«Un certain nombre d’Acadiens français qui résidaient encore sur la baie des Chaleurs avaient manifesté leur intention de ne pas se rendre et se proposaient de dépouiller les nouveaux colons de leurs bestiaux pour pourvoir à leur subsistance.»

Tous ne sont pas convaincus de cette soi-disant menace des Acadiens du Nord. Jeffrey Amherst, gouverneur militaire du Canada écrit à Belcher au cours de l’année pour lui dire qu’il «diffère d’opinion» à ce sujet.

«Les quelques insoumis de Ristigouche qui n’ont pas voulu, dit-on, se soumettre aux articles de la capitulation, ne peuvent rien faire, même s’ils s’obstinent à persister dans leur erreur. Soyez sûr qu’ils ouvriront bientôt les yeux et seront heureux de nous avoir accepter leur soumission.»

On passe à l’attaque

Mais Belcher va passer outre et demande au commandant du fort Cumberland, Roderick MacKenzie, d’effectuer une incursion surprise dans le secteur.

En compagnie d’une cinquantaine de militaires et de deux navires, MacKenzie se rend d’abord dans la région ouest de la baie des Chaleurs. À Nipisiguit (Bathurts), il a tellement capturé d’Acadiens que ses navires sont déjà presque pleins. Il restera assez de place cependant pour que la plupart des habitants de Shippagan soit pris.

À Caraquet, les Acadiens sont plus chanceux et MacKenzie les laissent «sous la surveillance» d’un chef autochtone. La plupart se réfugieront à Miscou ou en Gaspésie et reviendront quand la menace sera partie, quelques années plus tard.

La plupart des sources indiquent que le raid de MacKenzie a raflé 335 Acadiens qui ont été transportés au fort Cumberland et à Halifax où ils sont restés prisonniers jusqu’à la fin de la guerre de Sept Ans.