Le référendum de Blaine Higgs

Les Néo-Brunswickois sont appelés aux urnes dans contexte si inhabituel que l’on peut se demander s’il est possible de se fier au passé pour avoir une idée de ce que cette élection nous réserve.

Heureusement, la réponse est oui. Plusieurs règles générales peuvent nous aider à comprendre comment cette élection pourrait se dérouler. En voici trois. Tout d’abord, une élection n’est pas tant une occasion de choisir un nouveau gouvernement que de se prononcer sur le gouvernement en place. Deuxièmement, l’économie affecte grandement les perspectives de réélection du parti au pouvoir. Enfin, les campagnes électorales font très souvent toute la différence.

Nul besoin de reculer loin en arrière pour constater l’importance de ces règles. Contrairement à ses deux prédécesseurs, Brian Gallant profitait d’une embellie économique au moment de retourner aux urnes il y a deux ans. Cela était évident dans les sondages qui, jusqu’au déclenchement de l’élection, nous laissaient entendre que les libéraux obtenaient la faveur d’environ la moitié de l’électorat. Nous connaissons cependant tous la suite: le soutien aux libéraux a fondu comme neige au soleil et ils n’ont pas obtenu assez de sièges pour se maintenir au pouvoir, preuve s’il en faut que les campagnes électorales peuvent s’avérer décisives.

Cette fois-ci, le rôle de l’économie sera plus complexe. En temps normal, la situation ne laisserait présager rien de bon pour le gouvernement en place. Mais ce ne sont pas des temps normaux et nous pouvons compter sur l’équipe de Higgs pour nous rappeler que grâce à leur excellent travail de gestion de la crise, le Nouveau-Brunswick figure parmi les provinces qui ont le moins souffert de la récession causée par la pandémie.

Les catastrophes naturelles sont souvent des cadeaux politiques pour les dirigeants – à moins que vous ne vous appeliez Donald Trump. La crise de la COVID-19 ne fait pas exception. Presque partout au pays, les chefs de gouvernement ont vu leur popularité monter en flèche. Ce fut le cas ici aussi, et c’est ce qui explique la volonté de Blaine Higgs d’aller aux urnes.

Cette élection risque fort d’être un référendum sur le leadership de Blaine Higgs. Il le sait bien, et c’est pourquoi il veut que les électeurs se concentrent sur la bonne tenue du Nouveau-Brunswick durant la crise, laquelle pourrait être mise en péril en donnant les rênes à un néophyte politique, Kevin Vickers.

Personne ne peut lui reprocher une telle stratégie. L’image du premier ministre et de sa compétente médecin-hygiéniste en chef guidant et rassurant les Néo-Brunswickois à travers ces temps incertains offre une puissante démonstration de leadership. C’est une image qui contraste fortement avec celle que présentait Higgs il y a à peine six mois, alors qu’il se débattait comme un diable dans l’eau bénite pour sauver sa peau politique. On se rappellera que juste après avoir fait volte-face dans le dossier de la santé, son gouvernement présentait un budget électoraliste, affichant une hausse des dépenses de 3,5%, soit bien au-delà du dernier budget des libéraux de Gallant, que Higgs trouvait trop dépensiers.

Mais tout cela s’est produit à une autre époque. Quelques jours après le dépôt du budget, le COVID-19 nous tombait dessus, venant ainsi nous rappeler d’une quatrième règle de base: en politique, quelques mois sont une éternité!