Des ponts à rebâtir

Le Parti progressiste-conservateur sous le leadership de Richard Hatfield s’est employé au début des années 80 à bâtir des ponts pour rejoindre la communauté acadienne et francophone du Nouveau-Brunswick. L’ancien chef de cabinet du premier ministre Louis Robichaud, Robert Pichette, n’a jamais voulu écrire ses mémoires. Toutefois, il se plaisait à dire que Louis Robichaud et Richard Hatfield avaient un grand respect mutuel.

Lorsqu’il a défait le gouvernement de Louis Robichaud en 1970, Richard Hatfield a voulu maintenir les importantes réformes de son prédécesseur, mais aussi rejoindre toute la population de la province et y compris les francophones. Pour mener à bien ses ambitions Richard Hatfield, un anglophone unilingue de la région de Hartland, s’est entouré d’une équipe comprenant des francophones. Ce sont d’ailleurs des francophones qui lui avaient permis en 1969 de remporter la chefferie du Parti progressiste-conservateur contre le sulfureux Charlie Van Horne. Ce dernier avait mordu la poussière contre Louis Robichaud lors des élections de 1967.

Une fois au pouvoir, Richard Hatfield était conscient qu’il ne pouvait pas tout seul relever le défi de percer l’électorat acadien et francophone qui était la chasse gardée des libéraux. Il n’a pas hésité à nommer Jean-Maurice Simard qui va devenir son lieutenant francophone. Il va sillonner avec celui-ci les régions francophones de la province afin de prendre le pouls de celles-ci. Cette démarche va culminer avec l’adoption en 1981 de la Loi 88 reconnaissant l’égalité des deux communautés de langues officielles du Nouveau-Brunswick.

Lors des élections générales l’année suivante, les progressistes-conservateurs vont remporter leur plus grande victoire de leur histoire en faisant élire pour la première fois de nombreux candidats dans des circonscriptions francophones. La lune de miel avec les francophones va prendre fin lorsque le gouvernement de Richard Harfield va connaître une humiliante défaite aux mains des libéraux de Frank McKenna en 1987. Richard Haltfield va laisser son parti en lambeaux et complètement divisé.

Après une longue traversée du désert marquée par l’élection en 1991 de huit députés du parti COR connu pour son anti-bilinguisme, les progressistes-conservateurs vont retrouver l’unité et le chemin de la victoire avec leur nouveau chef Bernard Lord lors des élections de 1999. Ça sera la plus grande victoire des progressistes-conservateurs qui retrouvent l’appui de l’électorat francophone.

Les progressistes-conservateurs peuvent-ils rebâtir des ponts avec les Acadiens et les francophones de la province? À défaut de relever ce défi, ces derniers vont se heurter à des portes fermées aux prochaines élections tout comme lors de celles de 2018. La perspective pour Blaine Higgs de former un gouvernement majoritaire sans le soutien des francophones ne fera que contribuer à exacerber les tensions linguistiques dans la province.

Tout le monde sait que Blaine Higgs n’est pas Richard Hatfield. Toutefois, il doit tendre la main à la population francophone. Dans le cas contraire, les progressistes-conservateurs devront plus tôt que tard se dénicher un chef qui peut faire le pont entre nos deux communautés linguistiques comme l’ont été Richard Hatfield et Bernard Lord.