Le «boys’ club»

Les élections provinciales de 2020 ne fracasseront pas de records pour la représentation de la gent féminine en politique néo-brunswickoise.

Alors que le nombre de candidates frôlait les 39% en 2018, les annonces effectuées par les chefs de partis jusqu’à maintenant laissent présager un nombre encore moins important de femmes sur les bulletins de vote, le 14 septembre prochain.

Il ne faut pas s’en surprendre.

La politique au Nouveau-Brunswick a toujours été un «boys’ club». La province détient le triste record de la plus petite proportion d’élues (22,4%) de toute la fédération canadienne. Aucun parti politique néo-brunswickois ne s’impose de quota à cet effet. Non seulement ces partis nomment-ils généralement peu de candidates (le PPC affichant le pire bilan à cet égard, et les verts faisant exception), mais lorsqu’elles sont nommées, c’est souvent dans des circonscriptions impossibles à gagner.

Celles qui sont élues feraient face à un climat de travail hostile une fois rendues à Fredericton. La perception demeure que la politique n’est pas faite pour les âmes sensibles. Demandez aux Jean-Gérard Chiasson de ce monde. Pour le candidat progressiste-conservateur de Shippagan-Lamèque-Miscou, une élection équivaut apparemment à un combat à mains nues, si on en croit sa photo de lancement de campagne.

La pandémie de COVID-19 n’augure rien de bon pour que cet état des choses ne change. Au contraire des récessions précédentes, où les professions traditionnellement masculines étaient plus affectées, c’est au tour des travailleuses d’être plus durement frappées cette fois- ci.

Depuis le mois de mars, la proportion de femmes travaillant à l’extérieur du foyer accuse un bond de trente ans en arrière – et c’est sans parler des défis économiques supplémentaires auxquels celles qui travaillent encore font face, découlant de l’inéquité salariale et de leur plus grande propension à occuper un emploi précaire.

La place prépondérante des femmes dans le secteur des services explique en partie ce recul durant la pandémie, mais plusieurs mamans ont aussi décidé de quitter leur emploi ou de réduire leurs heures de travail pour s’occuper des enfants à la maison pendant le confinement – et ce, dans des proportions beaucoup plus grandes que les papas. (Ces derniers, en contrepartie, sont désormais plus souvent les seuls gagne-pains familiaux, créant une pression supplémentaire sur les budgets ménagers.)

C’est donc dire qu’à un moment où les femmes ressentent avec plus d’acuité les contrecoups de cette crise sanitaire, et où leur voix est donc plus que jamais nécessaire dans l’espace public pour voir à ce que la classe politique prenne acte de leur vulnérabilité accrue, l’aventure électorale est encore moins tentante, voire impensable, pour plusieurs d’entre elles.

Lorsque plus de femmes prennent leur place en politique, la politique évolue, tant sur le fond que sur la forme. Si les politiciennes ne devraient pas être les seules à porter les enjeux sociaux dans l’arène politique, force est de constater que sans elles, certaines questions importantes pour les femmes font difficilement leur chemin. En attendant que soit révolue l’époque du «boys’ club», les candidates devront mettre les bouchées doubles – et ce, tant avant qu’après le 14 septembre.