Tenet: un grand spectacle qui fait surchauffer les méninges

Le cinéaste et scénariste Christopher Nolan aime manipuler les lois de la physique et du temps. Il l’a fait à divers degrés dans Memento (2000), The Prestige (2006), Inception (2010) et Insterstellar (2014), notamment. Dans son nouveau film, Tenet (en salle depuis vendredi), le Britannique nous a concocté le casse-tête le plus complexe de sa carrière.

Même avant le début de la pandémie, Tenet était le film le plus attendu de l’année.

L’engouement envers l’oeuvre a pris des proportions démesurées dès que la première bande-annonce a été diffusée, en août 2019.

Tous les médias écrits et virtuels consacrés à la culture populaire et au cinéma ont exploité le filon, noircissant des pages et des pages d’hypothèses concernant le scénario de Tenet.

D’abord prévu le 17 juillet, le lancement en salles de cette production anglo-américaine a été repoussé à trois reprises – chaque fois au coût d’environ 300 000$US – pour finalement atterrir au grand écran à la fin août au Canada.

Tenet est donc le premier film à grand déploiement à débarquer dans le monde post-pandémique. Alors que les salles de cinéma sont encore fermées dans les deux plus gros marchés de la planète (les États de New York et de la Californie), que celles qui sont ouvertes ailleurs dans le monde ne sont remplies qu’à une fraction de leur capacité – distanciation oblige – et que plusieurs cinéphiles craignent encore les lieux publics, Tenet pourra-t-il relancer l’industrie?

Une chose est certaine, les chances que les studios Warner Bros remboursent leur investissement sont à peu près nulles, les dépenses de production et de mise en marché du film atteignant… le demi-milliard de dollars.

La fin du monde

Résumer et expliquer clairement Tenet équivaut à vulgariser la théorie de la relativité à un enfant âgé de 6 ans. C’est mission impossible. Sachez donc simplement qu’il s’agit de l’histoire d’un espion (le fils de Denzel Washington, John David) qui va d’indice en indice afin de remonter la trace d’un complot visant à anéantir toute vie humaine sur la planète.

Cette troisième guerre mondiale n’a toutefois rien de nucléaire. Elle est plutôt… temporelle. Ce sont en effet nos descendants qui, du futur, ont développé la technologie pour communiquer avec le passé – et y transmettre des armes ainsi qu’une technologie qui permet de remonter le temps.

Dans sa quête, l’espion fera équipe avec un mercenaire au passé mystérieux (Robert Pattinson) ainsi qu’une longiligne Britannique (Elizabeth Debicki), malheureuse épouse du marchand d’armes qui serait derrière l’ignoble complot (Kenneth Branagh).

Du pur Nolan

Les amateurs de la cinématographie de Christopher Nolan ne seront pas dépaysés dans Tenet.

Le style à la fois épuré et explosif du cinéaste est bien perceptible.

Plusieurs scènes – dont la toute première – n’auraient d’ailleurs pas détonné dans la trilogie Dark Knight.

Nolan assouvit également une fois de plus son fétichisme pour les séquences d’action impliquant des avions et des camions lourds.

Le scénario de l’oeuvre est de plus très complexe. Imaginez Inception, mais à la puissance 10, ce qui en fait un film dont de très grands bouts sont presque incompréhensibles.

Voyage dans le temps oblige, Tenet repose sur de nombreuses scènes qui se déroulent… à reculons.

Or, notre cerveau n’est pas du tout habitué à décoder ce genre d’information. Tenet est donc un film déroutant. Et épuisant.

Il vient d’ailleurs un moment où on lâche tout simplement prise à essayer de tout comprendre – et où on espère simplement qu’une fois que la grande finale arrivera, on aura capté suffisamment d’informations clés pour bien saisir les enjeux.

Lourd, mais spectaculaire

On dit souvent que les films à grand déploiement manquent d’intelligence. Tenet prouve le contraire.

Parce que même si elle est très lourde, l’oeuvre de Nolan – qui a mis sept ans à peaufiner le scénario – est aussi très spectaculaire.

Dans les scènes les plus impressionnantes, le passé, le futur et le présent se côtoient, de sorte que l’action nous est présentée de façon conventionnelle ET à reculons.

Nolan étant Nolan, il n’a pas non plus lésiné sur les explosions ainsi que les cascades audacieuses et spectaculaires.

Tout ceci fait de Tenet un des films les plus complexes de l’histoire, autant au niveau de la technique que du scénario.

Est-ce un bon divertissement pour autant? Voilà la question qui tue. Et personnellement, parce que je ne possède pas un doctorat en physique relativiste, ma réponse est non.

(Trois étoiles et demi sur cinq)