Remettre l’économie sur les rails

L’un des grands défis du gouvernement nouvellement élu le 14 septembre sera de remettre l’économie sur les rails.

Mais cela signifie quoi, au juste? S’agit-il simplement retourner là où nous étions avant la crise? L’économie était-elle sur la bonne voie à l’époque?

Il est vrai qu’en surface, les choses semblaient plutôt bien aller: la croissance avait fait un modeste retour, le chômage s’approchait de son creux historique, les salaires augmentaient plus rapidement que la moyenne nationale, notre population augmentait rapidement et la dette publique déclinait enfin.

Pourtant, en creusant un peu plus, on remarque des tendances troublantes, comme le fait que les Néo-Brunswickois consomment bien davantage qu’ils ne produisent.

Cela n’a pas toujours été ainsi. Jusqu’à il y a 15 ans, le Nouveau-Brunswick exportait autant qu’il importait. Depuis lors, les choses n’ont fait que se détériorer. En 2018, le Nouveau-Brunswick a importé pour 6 milliards $ de plus de biens et de services qu’il en a exporté, soit un déficit commercial équivalant à un sixième de son produit intérieur brut.

Pour financer ces déficits, nous nous sommes d’abord et avant tout endettés. La dette publique, de même que celles des ménages, ont presque doublé.

Heureusement, la dette n’est pas l’unique moyen qui nous a permis financer cette consommation accrue. Le vieillissement de la population a aussi fait sa part. Entre 2008 et 2018, les revenus de pensions de retraite touchés par les Néo-Brunswickois – dont la moitié provient d’Ottawa – ont augmenté de presque 45%, passant de 3,6 à 5,2 milliards $. C’est trois fois la croissance du revenu touché par les travailleurs néo-brunswickois.

Bien sûr, cela n’a rien de mal en soi; nos aînés jouissent d’une retraite bien méritée. Cela dit, ceux-ci consomment de nombreuses choses qui sont produites localement, que ce soit de nouveaux condos et appartements ou encore des soins de santé. Cela signifie une demande accrue pour la main-d’œuvre locale et des salaires plus élevés.

Des salaires plus élevés sont une bonne nouvelle pour l’économie dans son ensemble lorsque la productivité du travail augmente. Mais ce n’est pas ce qui s’est produit au Nouveau-Brunswick: les salaires ont augmenté plus rapidement que la moyenne canadienne alors que la croissance de la productivité a ralenti de moitié. En conséquence, la compétitivité du Nouveau-Brunswick en a pris pour son rhume. Depuis 2008, tant la production que l’emploi dans les industries exportatrices sont en baisse d’environ 10%.

Il reste cependant une lueur d’espoir: l’immigration. Au sortir de la crise, il va falloir redoubler d’efforts pour accueillir davantage d’immigrants, et ce particulièrement dans les collectivités francophones. Pour ce faire, il faudra œuvrer sur plusieurs plans, y compris celui du logement, et du logement abordable en particulier.

Pour vraiment remettre l’économie sur les rails, il faut s’engager sur la voie de l’autosuffisance en renforçant le tissu industriel et exportateur de notre province. L’enjeu est de taille: lorsque nous dépendons de la générosité d’autrui, nous sommes vulnérables à leurs changements d’humeur. Comment l’énorme trou financier creusé par Ottawa durant la crise affectera-t-il la volonté des Canadiens de partager la richesse avec les provinces les moins nanties et les plus vieillissantes comme la nôtre?