Dans les coulisses…

Bon, votre choix est fait? Ce sera rouge-colère-noire parce que le monsieur Higgs n’est pas assez gentil? Ou couleur bleu-paradis parce que la foi déplace les montagnes et des comtés? Ou bien vert-pomme-bio pour des politiques sans sucre et des pissenlits en liberté? Ou, pire, couleur violette-suffocante pour ceux qui étouffent de découvrir qu’on existe encore?

Quoi qu’il en soit, votre choix sera le bon. Surtout si vous votez du bon bord! Mais pour ça, il faut aller voter. Car il n’y a rien de pire pour perdre des élections que de badjeuler pendant des semaines en faveur d’un parti ou contre un autre et de rester collé à son lazy-boy le jour du scrutin!

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En passant, avez-vous remarqué que les conservateurs, malgré leur gros déficit d’affection des francophones, sont quand même parvenus à trouver quelques candidats et candidates francophones solides et ministrables? Étonnant!

Je ne les nommerai pas pour éviter de nuire à leur campagne, mais je les félicite d’oser tenter d’investir une formation politique qui ne semble plus quoi faire avec la patate chaude de la francophonie dans cette province qui aime tant se croire bilingue.

Avez-vous remarqué itou que les libéraux, pour masquer leur myopie à l’égard du fait français depuis quelques années, se contentent de multiplier les clins d’œil culturels à leur électorat francophone captif? Hypnotisant!

S’il est vrai que les bleus ont délaissé les Frenchies depuis plusieurs années, peut-on dire pour autant que les rouges se sont fendus en quatre pour faire avancer la question francophone?

Et puis, avez-vous remarqué les verts? Pleins de bonnes vitamines, pleins de bonnes intentions bio, pleins d’arcs-en-ciel équitables. Sont croquables! Maintenant, ce qu’il leur faudrait, ce serait de faire le plein de votes! Good luck!

Avez-vous remarqué aussi, tant qu’à faire, que le Pipoule Alliance présente des candidats francophones? Apparence qu’ils vont proposer que la Fête nationale du 15 août devienne un congé férié! Yéé.

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Parlant d’Acadie, justement, quelle ne fut pas ma surprise d’apprendre, hier, que quelqu’un quelque part s’intéressait encore à l’Institut de Memramcook, autrefois appelé collège Saint-Joseph, emblème patrimonial s’il en est de l’histoire de l’Éducation en Acadie, et symbole concret de la Renaissance acadienne!

En effet, le maire de Memramcook s’inquiéterait de la vente possible de cet édifice à des investisseurs étrangers.

On constate que même si le sort de ce monument acadien incomparable ne fait pas souvent la manchette, le dossier demeure très vivant en coulisses.

C’est comme ça en Acadie: on aime mieux faire les choses en cachette. C’est un héritage plutôt transparent de la Patente.

Ciel, que se passe-t-il en cachette? Suivez-moi dans les coulisses.

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L’été dernier, j’ai proposé la création de la Bibliothèque nationale de l’Acadie.

Ma proposition visait premièrement à créer, par une loi, une nouvelle institution acadienne, une Bibliothèque nationale, comme il en existe dans la plupart des pays civilisés. Deuxièmement, ma proposition visait à sauver de la démolition éventuelle l’ancien collège Saint-Joseph, un monument historique acadien victime de l’outrage des ans et du désintéressement populaire.

À l’époque, plusieurs personnalités acadiennes m’ont indiqué qu’elles trouvaient l’idée magnifique, bien que certaines d’entre elles, plutôt liées à l’Université de Moncton, aient eu des réserves pour son emplacement. Depuis, côté Biblio, silence radio.

Mais, en lançant cette idée, j’ai appris, par mes fées espionnes, que d’autres personnes avaient d’autres vues sur ce monument.

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J’ai alors appris qu’un investisseur acadien, riche comme Ali Baba, paraît-il, caressait l’idée de faire de l’ancien collège un genre de centre international d’apprentissage linguistique, bilingual of course.

Mes fées espionnes m’ont aussi mis sur la piste d’un autre projet envisagé pour cet édifice historique, à savoir que des investisseurs (Indiens, paraît-il) envisageraient de faire de l’Institut une sorte de centre international en agronomie, bilingual of course, et que, là encore, il est question de trouver la bonne formule de financement, c’est-à-dire, des oreilles bien ouvertes aux gouvernements fédéral et provincial.

Notez que c’est aussi une énième histoire de libéraux et de conservateurs qui se livrent une partie de souque-à-la-corde en coulisses.

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Là où le bât blesse, c’est que dans les deux cas précités, l’école de langues et le centre d’agronomie, il est question d’institution bilingue.

On aurait pu croire que Memramcook – étant apparemment le berceau de l’Acadie du Niou-Bi, et à cause des lieux de mémoire propres à l’histoire acadienne qui se trouvent sur son territoire – eût tenu à protéger le caractère français de ce patrimoine sans prix.

Mais ça risque de ne pas être le cas, car, qui dit institution bilingue au Niou-Bi, dit institution anglaise. Ce n’est pas pour rien que les francophones se battent autant pour la dualité!

Dans un tel contexte, c’est évident que ma modeste proposition de créer et d’installer une Bibliothèque nationale de l’Acadie exactement là où l’Histoire eut voulu qu’elle fût, ne fait pas le poids. On va oublier ça.

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Pourtant, dernier rappel, le gouvernement Hatfield a fait adopter une loi sur l’égalité qui reconnaît à la communauté francophone le droit à des institutions DISTINCTES! Et le gouvernement McKenna l’a fait enchâsser dans la Constitution du Canada!

Mais, good Lord, qu’est-ce que ça prend de plus à toutes ces bonnes personnes politiques rouges et bleues pour comprendre qu’on ne peut tout simplement pas transformer un des monuments les plus patents du patrimoine acadien en bilingual institution!

Si, par bonheur, l’idée d’une Bibliothèque nationale était apparue dans le temps de Jean-Maurice Simard et de Richard Hatfield, deux visionnaires, la Bibliothèque nationale serait déjà en place à Memramcook et tous ceux qui s’intéressent à l’Acadie dans le monde entier franchiraient depuis les portes d’une telle vénérable institution!

Malheureusement, cette idée de Bibliothèque nationale arrive trop tard. Les élections auraient été un bon moment pour ramener ça sur le tapis, mais il semble que c’est plutôt parti pour rester sous le tapis!

Aucun parti politique ne s’y intéresse. Aucun leader acadien non plus.

Y a-t-il même un leader de quoi que ce soit en Acadie, anyway?

Han, Madame?