Des allures de petit despote

Nous arrivons cette semaine au mitan de la campagne électorale. Les deux premières semaines de campagne ont été tranquilles. Bien trop tranquilles.

Les partis politiques n’ont pas pris la peine de monter de plateformes électorales en bonne et due forme. On a plutôt droit à des annonces au compte-goutte, dont certaines prennent des allures de réplique à quelques heures d’intervalle. Le manque de préparation de l’opposition peut être expliqué par le déclenchement-surprise de ces élections. Mais chez le parti au pouvoir, qui a demandé la dissolution de l’Assemblée, cette même omission tient soit de l’amateurisme, soit du je-m’en-foutisme.

Depuis deux semaines, les progressistes-conservateurs se sont contentés de réitérer qu’ils continueraient à gouverner comme ils le font depuis 2018, de répéter des vieilles promesses. Comme si tout allait pour le mieux dans la province depuis leur entrée au pouvoir. Comme si le parti avait fait un sans-faute, qu’il n’y avait aucune place possible à l’amélioration. Comme si la pandémie, la plus grande crise de notre génération, n’avait rien changé à la gouvernance des affaires publiques au pays.

On a presque l’impression que c’est fait exprès; qu’une élection inintéressante, c’est exactement ce que Blaine Higgs souhaitait. Il sait que l’électorat sera rétif à un changement de gouvernement en période de crise. Or, il agit comme si les rênes du pouvoir lui revenaient de plein droit, et qu’il ne se contentera que d’un contrôle total sur la législature au lendemain du 14 septembre.

Il l’a déjà dit: si son parti n’obtient qu’une minorité des sièges, il cèdera peut-être sa place à un autre à la tête de la province. Les compromis et les débats avec l’opposition, très peu pour lui. Étrange coup d’éclat, venant du premier ministre qui avait proposé à cette même opposition un gouvernement de style collaboratif, juste avant l’élection. Difficile de comprendre pourquoi l’opposition ne fait pas ses choux gras de cette flagrante tactique de peur.

Malgré ce mépris envers la démocratie parlementaire et le manque d’ambition démontré par son absence d’idées nouvelles, Higgs est en bonne position pour gagner son pari. Selon les derniers sondages, le taux d’approbation personnelle du premier ministre est de plus de trois sur cinq Néo-Brunswickois (61%), et le chiffre magique de 26 sièges (en comptant un président de la Chambre, habituellement élu parmi les rangs du parti au pouvoir) semble être à la portée des progressistes-conservateurs (les régions francophones manquant largement à l’appel). De toute évidence, la population de la province ne semble pas leur tenir rigueur d’avoir déclenché cette élection évitable en pleine crise sanitaire.

Les Néo-Brunswickois n’ont pas à se contenter d’une plateforme électorale au goût de réchauffé, présentée par un chef de parti qui prend des allures de petit despote. Les partis d’opposition devraient cependant démontrer qu’ils ont une vision alternative ambitieuse pour la province, que leurs idées ont de l’audace et du génie, mais surtout, que la population peut leur faire confiance pour diriger la province vers une sortie de crise. Pour le moment, on est loin du compte.

Ils ont deux semaines pour donner un coup de barre.