La gâchette facile

Dimanche dernier, à la CBC, j’ai écouté le Docteur Ngola, ancien médecin de Campbellton, s’exprimer sur la tempête qui s’est déchaînée contre lui au plus fort de la pandémie, après la révélation qu’il s’était rendu au Québec et en aurait ramené la COVID-19. Pour la première fois, je l’ai entendu expliquer qu’il avait contacté la Santé Publique avant de se rendre au Québec chercher sa fille et qu’on lui avait bel et bien dit que, comme il s’agissait d’un aller-retour, il pouvait y aller.

N’auriez-vous pas aimé savoir ça au moment des faits? Malheureusement, «l’opinion publique», comme on dit pour dire «la meute enragée», avait déjà crié au scandale et beaucoup avaient le doigt sur la gâchette.

En une seconde, le «bon docteur» de la veille était «un professionnel inconscient» et tout appel aux faits et à la réflexion a été noyé sous les hurlements de rage et dans certains cas de détestable racisme. Faut-il se surprendre que le docteur Ngola exerce maintenant au Québec?

Cette triste histoire est un exemple de ce dont nous sommes capables quand la peur l’emporte sur le bon sens, quand l’esprit individuel d’analyse est emporté par un collectif ameuté.

Si j’en parle c’est aussi que l’heure est à condamner ceux et celles que, hier encore, on adorait: les chefs de santé des provinces! Tant que ces femmes et ces hommes nous calmaient pendant que nous étions terrés chez nous, on les écoutait religieusement, maintenant qu’ils essaient de nous convaincre de renvoyer nos enfants à l’école et de reprendre une vie presque normale, c’est feu à volonté, encore une fois.

Je ne crois pas qu’on puisse grand-chose contre ces pulsions qui nous poussent à toujours chercher des coupables dans des situations compliquées, mais si, au moins, on pouvait prendre conscience de l’importance de réfléchir avant de parler, de crier et de mettre le doigt sur la gâchette.