Une pandémie qui provoque la colère

Ne cherchez pas, il n’y a pas de lien entre ces deux œuvres sinon qu’elles sont d’actualité. D’abord, la colère de Bernard-Henri Lévy dans son plus récent essai sur la pandémie, qui frappe de plein fouet, et puis, pour apaiser les esprits, le ravissant deuxième album d’Audrey Emery.

Ce virus qui rend fou, Bernard-Henri Lévy

Sommes-nous devenus fous avec ce virus?, soulève l’auteur, reconnu pour ses propos tranchés et controversés. C’est un livre qui a d’abord piqué ma curiosité. Paru cet été, ce court essai enflammé de l’intellectuel, philosophe, cinéaste et chroniqueur français aborde les impacts sociaux et politiques d’une telle épidémie sur notre société. Bien qu’il repose principalement sa réflexion sur la situation en France, il reste qu’il étend sa fureur et sa fougue jusque de ce côté-ci de l’Atlantique. Dans ce livre qui soulève plusieurs questions et controverses, l’auteur s’insurge contre une foule de choses en pointant avec sa plume acerbe chaque travers de cette crise. Cela peut parfois sembler un peu exagéré ou ne pas toujours tomber à la bonne place, mais c’est une lecture qui interpelle et qui remet certaines choses en perspective. D’abord, l’auteur rappelle que la COVID-19 n’est pas nécessairement une pandémie sans précédent, puisque cette sorte de désastre existe depuis la nuit des temps. La grippe espagnole avec ses 50 à 100 millions de morts, la fameuse grippe de Hong Kong, la grippe asiatique, la peste noire, etc. S’il a été sidéré lui aussi, ce n’est non pas par la pandémie, mais par le climat de peur qui s’est installé dans le monde.

«On a vu les villes du monde devenir des villes fantômes avec leurs avenues, muettes comme des chemins de campagne, où les jours, disait Hugo, étaient comme les nuits.»

Du coup, selon ses observations, tout a disparu dans le paysage médiatique; les tragédies, les guerres, les changements climatiques, la faim dans le monde, ne rapportant plus que le nombre de cas, de morts et de rétablis jour après jour. Il déplore le traitement médiatique du coronavirus.

Bien qu’il salue le travail des soignants, il se soulève contre le pouvoir du médical qui semble prendre la place du pouvoir politique. Il s’insurge notamment contre les libertés brimées, contre les heureux du confinement qui ont vu là une façon de se ressourcer, un message ou une leçon à tirer d’un virus qui pourtant est bête, fait remarquer l’auteur. Il se désole du sort réservé aux vieillards et aux morts dans le plus fort de cette crise. Livré sous le coup de la colère, du moins c’est ce que l’on ressent en le lisant, il y a dans ce livre certains passages savoureux qui font parfois sourire, malgré la gravité de la situation. Bernard-Henri Lévy est l’auteur de plus d’une cinquantaine d’ouvrages. (Grasset, 2020). ♥♥♥½

Shangri-la, Audrey Emery

Quelle est belle la musique d’Audrey Emery! Après six années d’absence sur disque, l’auteure-compositrice-interprète originaire des Îles-de-la-Madeleine est de retour avec un nouvel opus de nature soul et intimiste, aux couleurs folk, pop, un soupçon jazzy, plein de nuances. Il y a une belle évolution entre son premier disque et celui-ci qui est tout à fait réussi.

Sur des arrangements inventifs de Martin Léon et Martin Désy, les 11 titres de ce nouvel album sont fortement inspirés de ses voyages en Chine et au Japon, de ses amitiés, de ses discussions et ses réflexions sur le monde qui l’entoure.

Justesse dans le ton et dans les mélodies témoignant ainsi d’une certaine vulnérabilité, d’une douceur, mais aussi de profondeur. Le timbre de sa voix veloutée et enveloppante rappelle à certains égards celui de la chanteuse de jazz américaine Madeleine Peyroux. Pour ma part, c’est une belle découverte et un véritable coup de cœur. Audrey Emery a prêté sa voix à plusieurs projets dont l’émission La Voix et partagé la scène avec de grands noms de la chanson. ♥♥♥♥♥