Le sale jeu électoral de Trump

Donald Trump a transformé la campagne présidentielle américaine en un sale jeu. Les analystes y voient de nombreuses raisons de craindre qu’une élection serrée ne conduise les États-Unis dans une crise constitutionnelle profonde et prolongée, et peut-être dans la violence civile.

Sigmar Gabriel, ancien ministre allemand des Affaires étrangères et chef du Parti social-démocrate, partage cet avis. Dans un récent article d’opinion, il déclare: «Il ne fait aucun doute que la réélection du président Donald Trump mettrait en danger les États-Unis et le monde.» Jamais un scrutin n’aura posé une menace aussi grave pour les États-Unis et le monde.

Le spectre d’un chaos

Populiste rétrograde, Trump s’est illustré par sa capacité à exploiter le mensonge, les haines raciales, les vérités alternatives, l’histoire, entre autres tactiques empruntées aux autres autocrates de ce monde comme Vladimir Poutine ou Recep Tayyip Erdoğan.

Dans son discours devant la convention républicaine fin août, le président sortant des États-Unis s’est présenté (non sans ironie) comme le garant de «la loi et de l’ordre», le sauveur de son peuple contre la pandémie de nouveau coronavirus et le seul rempart contre son rival Joe Biden, un «cheval de Troie socialiste».

Il recycle ainsi une stratégie qui a bien fonctionné en 2016, mais qui paraît moins efficace aujourd’hui. Dans les jours qui ont précédé le début de la convention nationale démocrate à la mi-août, CNN a fait une synthèse de tous les sondages nationaux crédibles sur les intentions de vote.

L’étude donnait Biden avec un avantage de 51% à 42% sur Trump. Avec les deux conventions nationales des partis terminées, la chaîne américaine a répété jeudi l’exercice: Biden avait 51% contre 43% pour Trump.

Parce que Biden le surclasse constamment dans les sondages d’opinion, d’aucuns craignent que Trump ne soit tenté d’utiliser la pandémie de COVID-19 comme un prétexte pour reporter illégalement les élections. Afin de délégitimer le vote du 3 novembre, Trump a passé tout l’été à essayer de dénigrer la validité des bulletins de vote par correspondance.

Cette semaine, Trump a demandé à ses sympathisants en Caroline du Nord d’essayer de voter deux fois pour tester la sécurité électorale, ce qui serait un crime potentiel et a été la dernière tentative du président de discréditer un processus électoral dans lequel les sondages le donnent perdant.

Ces actions de délégitimation pourraient viser à préparer les bases de Trump en cas de défaite électorale.

L’éventuelle mobilisation de ses partisans lui fournirait dès lors une raison suffisante pour s’accrocher à la Maison-Blanche, quel que soit le résultat de l’élection.

Vendredi, la chaîne CNN s’alarmait: «la conduite de Trump risque de provoquer une crise constitutionnelle post-électorale».

Un enjeu mondial

Parce que la puissance américaine demeure encore plus forte économiquement, politiquement et militairement que ses deux principaux concurrents immédiats réunis (la Russie et la Chine), ce statut inégalé fait des élections américaines un véritable enjeu mondial.

Cette version pitoyable des États-Unis en proie à des divisions intérieures, plus proches des «États voyous», renforcerait Vladimir Poutine et Xi Jinping, avec de graves conséquences pour la sécurité internationale. Elle aurait des incidences durables sur la politique étrangère américaine, tout en accélérant le déclin en cours de la domination occidentale.

Aucune institution n’est en effet plus fondamentale à l’attrait plus large de l’Occident que des élections libres et équitables. Si le dirigeant de la première puissance occidentale ne respectait plus même ce principe, le reste du monde pourrait opter librement pour d’autres systèmes politiques alternatifs.
Et même si les États-Unis ne sont pas synonymes de l’Occident, l’idéal occidental (au sens de cultures, de valeurs et de normes partagées) serait gravement diminué, voire sérieusement menacé d’extinction, sans l’attrait moral (soft power) des États-Unis.

Les républicains n’ont jamais rien fait pour exercer le moindre contrôle sur le président américain. Seuls les tribunaux américains ont réussi à imposer quelques restrictions aux actions et velléités autoritaires de Donald Trump.

Cela remet le problème Trump aux mains des électeurs américains. Le 3 novembre prochain, à eux de dire s’ils embrassent pour la deuxième fois comme président un personnage aussi grotesque, quelles que soient les preuves qui leur sont présentées.