Faire l’autruche devant la vache sacrée de la santé

La santé est la vache sacrée de la politique canadienne. Le gouvernement Higgs l’a appris à ses dépens plus tôt cette année avec son projet de réforme avorté.

Le problème immédiat auquel voulait s’attaquer cette réforme est le manque de personnel, qui lui-même est causé par le vieillissement démographique. Ce qui est particulièrement alarmant, c’est de constater à quel point les choses se sont déjà détériorées alors que nous n’avons vu que la pointe de l’iceberg en ce qui concerne l’impact du vieillissement. En effet, les pénuries seraient si graves que le PDG du réseau Vitalité, normalement peu porté vers l’exagération, qualifie la situation de «crise».

Il n’existe pas de solution universelle pour régler ces pénuries. Pour les travailleurs de foyers de soins, il faudra se tourner vers l’immigration et offrir de meilleures conditions de travail – y compris de meilleurs salaires. Pour le personnel plus hautement qualifié, le défi est toutefois plus complexe: la concurrence mondiale est féroce, il faut plusieurs années pour former de nouveaux diplômés et les départs à la retraite excèdent souvent de loin le nombre de diplômés qui sortent de nos établissements post-secondaires.

S’il est impossible de recruter tout le personnel requis à court terme, alors la seule option en l’absence de mesures pour gérer la demande est d’améliorer l’efficacité dans la prestation des soins. Il existe deux façons d’y parvenir. La première est de s’assurer que les employés puissent se concentrer sur des tâches qu’eux seuls peuvent accomplir et de transférer à d’autres celles qui exigent moins de qualifications.

L’autre option – plus controversée – est de consolider certaines opérations afin d’améliorer les économies d’échelle. Cela pourrait impliquer, par exemple, la fusion d’un service offert dans deux hôpitaux voisins, permettant ainsi à la nouvelle unité de fonctionner plus efficacement et sans interruption de service.

À plus long terme, cependant, nous ne pourrons pas nous contenter d’optimiser la prestation des soins; il nous faudra aussi recruter davantage de personnel.

Dans le cas du personnel infirmier, notre meilleur espoir pour y parvenir réside dans des initiatives comme celle annoncée récemment par l’Université de Moncton, laquelle vise à attirer des étudiants étrangers afin de les former ici, avec un poste qui les attend une fois leur diplôme en main. Une telle approche s’impose, surtout lorsqu’on sait que le Nord du Nouveau-Brunswick, le bassin principal des futurs infirmiers et infirmières francophones, a perdu la moitié de ses jeunes au cours des vingt dernières années.

Entretemps, il faut se méfier des politiciens qui nous promettent presque par magie de recruter dès maintenant tout le monde dont on a besoin. Jusqu’à date, les efforts de recrutement à l’extérieur de nos frontières n’ont pas abouti à grand-chose, particulièrement du côté francophone. L’an dernier, une seule infirmière formée à l’étranger s’est jointe au personnel infirmier de la province. À ce rythme, il faudrait plus de 250 années pour combler tous les postes affichés sur le site web du réseau Vitalité.

Le gouvernement élu le 14 septembre ne pourra faire l’autruche sur la réforme des soins de santé. La marche responsable à suivre sera de s’engager à agir, après avoir bien expliqué la situation et présenté les options qui s’offrent à nous. L’inaction ne figure pas parmi celles-ci.