I’m Thinking of Ending Things: saurez-vous déchiffrer le code?

Opaque. Tel est probablement le mot qui décrit le mieux I’m Thinking of Ending Things (Netflix). Adaptée d’un roman canadien et tournée par Charlie Kaufman, l’oeuvre est hautement métaphorique et frôle l’inaccessible.

I’m Thinking of Ending Things raconte l’histoire de Jake (Jesse Plemons), un jeune homme qui amène sa nouvelle petite amie chez ses parents pour la première fois.

Puisque la famille de Jake vit sur une ferme dans une région rurale, les deux jeunes gens ont amplement le temps de discuter dans le cadre du trajet en voiture.

Mais voilà, la jeune femme – qui n’est pas nommée, mais qui est interprétée par l’excellente Jessie Buckley – n’est plus trop certaine des sentiments qu’elle a pour Jake.

Une tempête de neige, une belle famille pour le moins étrange et une ferme où les lois du temps et de l’espace ne s’appliquent pas ajouteront beaucoup de piquant à un voyage qui n’a déjà rien d’ordinaire.

Du Kaufman pur et dur

À l’instar de ceux de Wes Anderson (Grand Budapest Hotel, Moonrise Kingdom et The Royal Tenenbaums), les films de Charlie Kaufman s’adressent à un public patient et éveillé.

Kaufman a notammenté tourné Synecdoche, New York (2008), en plus de signer le scénario de Eternal Sunshine of the Spotless Mind (2004), Adaptation (2002) et Being John Malkovich (1999).

Si vous avez vu ne serait-ce qu’un seul de ces films, vous savez que Kaufman est au cinéma ce que la cuisine moléculaire est à la gastronomie: différent, énigmatique et impénétrable.

Parce que voyez-vous, dans les films de Kaufman, rien ne doit être pris au premier degré. Absolument tout est symbolique et a un deuxième sens.

S’en suivent des histoires qui sont, à première vue simples, mais qui ne servent qu’à cacher un plus grand portrait, beaucoup plus subtil et mémorable.

Par exemple, si vous croyiez que Eternal Sunshine of the Spotless Mind était au sujet d’une douloureuse rupture, vous avez totalement raté l’essentiel…

Innacessible, à moins que…

I’m Thinking of Ending Things est typique de Kaufman.

Pour être totalement honnête avec vous, je n’y ai rien compris. J’ai beaucoup apprécié les dialogues, le jeu de Buckley et de Toni Collette ainsi que l’originalité de la prémisse.

Mais pendant deux heures, j’ai attendu la fin en espérant que la clé pour comprendre ce que je venais de voir me serait livrée.

Et j’ai attendu pour rien. Ce n’est qu’en fouillant sur internet après mon visionnement que le sens de l’oeuvre m’est finalement apparu (par le biais de gens plus intelligents que moi). Et je dois avouer que sous cet éclairage, I’m Thinking of Ending Things est un film totalement brillant.

Tous les indices étaient là, mais de façon tellement subtile que je n’ai pas pu déchiffrer le code de l’énigme.
Aurez-vous la patience et l’ingéniosité de faire mieux que moi? Parce que non, le nouveau Kaufman n’est pas un film au sujet d’une jeune femme qui souhaite rompre avec son petit ami…

(Trois étoiles et demi sur cinq)

 

Pourquoi je ne critiquerai pas Mulan

Un des films les plus attendus de 2020, le remake en prises de vue réelles de Mulan ne sortira finalement jamais en salles au Canada et aux États-Unis.

D’abord prévu pour le 9 mars, le lancement du film a été repoussé en raison de la COVID-19.

Disney a tenté à quelques reprises de présenter son petit dernier en salles, mais la pandémie a chaque fois eu le dernier mot.

Las de devoir débourser d’importants frais de promotion et de marketing à chaque report, l’empire a finalement pris la décision d’offrir Mulan sur son site de distribution en continu, Disney+.

Le film peut y être téléchargé depuis le 4 septembre.

Mais attention. Les aventures de la guerrière chinoise ne sont pas comprises dans le prix d’abonnement mensuel (8,99$) ou annuel (89,99$) à Disney+. Les abonnés doivent en effet débourser 34,95$ (vous avez bien lu…) afin de voir le film.

Et pour moi, c’est là que le bât blesse.

Parce que voyez-vous, à l’instar de nombreuses entreprises, les salles de cinéma du pays et de la planète vivent des moments difficiles depuis mars. La pandémie a balayé leur clientèle, et donc, leurs revenus.

Comme Tenet (lancé il y a trois semaines), Mulan était vu comme un sauveur par les opérateurs de cinéma: un film à grand déploiement qui allait permettre aux consommateurs de renouer avec le grand écran – et de regarnir un tant soit peu leurs coffres.

Mais Disney en a décidé autrement.

Contrairement aux petits opérateurs de cinéma – et même aux grandes chaînes -, le géant peut se permettre une année difficile.

En fait, avec ses revenus de 69,5 milliards $ et ces profits de 11 milliards en 2019, Disney pourrait probablement survivre à dix autres pandémies.

Mais pour une question de quelques millions de dollars (une infime fraction de son budget), l’empire a choisi de priver des centaines et des centaines de petites salles de cinéma de revenus aussi nécessaires que vitaux.

Tout ça, j’insiste là-dessus, non pas pour permettre à Disney de survivre à la crise, mais plutôt, pour s’assurer que ses actionnaires continuent d’empocher des marges de profit faramineux – pour ne pas dire prohibitifs.

Les mots d’ordre mondiaux depuis le début de la pandémie sont entraide et solidarité.

Disney a raté une belle occasion de partager son immense richesse avec ceux qui, année après année, diffusent ses films – malgré des conditions financières rarement avantageuses.

Libre à vous de voir le film. Je n’appelle pas au boycottage.

Mais personnellement, je ne me servirai pas du privilège qui m’est accordé par l’Acadie Nouvelle sous la forme de cette chronique pour faire la promotion de Mulan. Et je refuse, par principe, d’ajouter 34,99$ aux 89,99$ que je donne à l’empire cette année.

Ces 34,99$, je vais les dépenser en salle et les offrir à ceux qui en ont vraiment besoin – ainsi qu’à leurs employés.

Parce qu’au bout du compte, des films, il y en aura toujours. Mais les salles n’ont pas la santé financière de Mickey Mouse. Si la moitié d’entre elles devaient fermer en raison de la crise, tous les cinéphiles seraient perdants. Et Disney aussi, ironiquement…