La fête du Travail est passée; quelque chose de neuf commence. C’est une arrière-saison qui nous bénit avec ses belles journées. Le temps chaud et ensoleillé est comme une montgolfière suspendue entre ciel et terre par l’été qui s’éloigne peu à peu pour disparaître de notre regard.

Septembre est une toile de fond pour peindre un paysage intérieur. Pour une première esquisse, j’irais dans les teintes pastel, couleurs des ciels d’automne (je l’écris avec tristesse: le rouge et le bleu ne m’inspirent pas cette année). Jamais a-t-on eu autant besoin de douceur: violences raciales et divisions; séparations et découragement; insécurité et distanciation. Les effets du confinement se font sentir. Nous sommes conviés à contrebalancer.

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Des souvenirs de l’été pourront devenir des modèles pour peindre votre toile. Des photos qu’on ne se lasse pas de regarder. Ou encore: ce qui s’est inscrit dans notre mémoire et que nous visitons pour raviver la joie en soi lorsqu’elle défaille. Ces images évocatrices de moments intenses de communion sont une source à laquelle aller puiser.

Il est juste et bon de faire mémoire des moments heureux de nos vies. Ces «moments de grâce» durent peu de temps, mais peuvent nous habiter longtemps. Il suffit de les transposer dans le moment présent ces temps de grâce, permettre même à la conscience de les enjoliver. Voilà une manière de cultiver la sérénité et d’en vivre.

J’ai une image-symbole d’un tel moment. Je pense à ce beau jour d’août à Cap-Lumière. Je me revois, en vélo et dans l’eau! Comme dans tout site de pèlerinage, il y avait un lieu sacré: le phare de la pointe de Richibouctou. Il y avait aussi de l’eau: le détroit de Northumberland. Et les stations d’un chemin de foi: des falaises évoquant les caps à passer dans la vie, des tournants pour les écueils à éviter, des havres pour les lieux de repos. Une halte à conserver dans la tête et dans le cœur.

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J’aime les changements de saisons qu’apportent les équinoxes et les solstices. Ils se font progressivement. Avec douceur. On a le temps d’apprivoiser ce qui s’en vient. Ce n’est pas comme un changement de gouvernement. Ou comme le retour au travail. Ou encore comme la sortie du lit chaque matin. Dans ces cas-ci, la coupure est souvent drastique.

Dans la nature, ça ne se passe pas ainsi. De l’autre côté de ma fenêtre, je vois les marronniers qui virent du vert au jaune. Leurs feuilles viennent de faire leurs adieux aux colibris, tout en se résignant à faire leur deuil d’un bel été. La création se transforme en prenant son temps. Tranquillement, elle change ses habits, elle modifie sa température. Tout cela, elle le fait en paix.

La nature nous enseigne à prendre notre temps. À libérer l’agenda. La vie spirituelle est aussi une question d’organisation de son intérieur. Un équilibre de vie aide à faire face aux épreuves de l’existence, tout comme il permet de savourer les joies de chaque jour.

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Septembre est à saisir pour libérer du temps. Voilà ce qui est nécessaire: du temps libéré de contraintes, de pressions et d’obligations. Ce n’est pas comme les vacances; lorsqu’elles arrivent, elles sont déjà remplies de tant de choses planifiées. Les vacances, ce n’est pas de tout repos.

Le temps libéré, c’est celui qui est pris au temps libre des vacances ou au temps du quotidien. Il devient possible lorsqu’on passe au tamis nos activités. C’est du temps pour un loisir épanouissant, pour un service valorisant, pour faire le vide en soi. C’est un temps choisi, précieux et nécessaire pour se construire intérieurement.

Je crois que ce temps libéré a des effets sur toutes les heures d’une journée. Il apporte une sérénité pour apprivoiser les épreuves et affronter les défis avec détermination. Cela est en notre pouvoir.

Ne mettons pas sur le dos d’une idéologie, d’une religion ou de la société les difficultés de notre vie spirituelle. N’attendons pas un autre moment que cette rentrée pour faire ce qui est de notre ressort. Libérons-nous du temps. Maintenant. Pour faire l’expérience la plus belle et la plus enivrante qui soit: devenir libre.

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