Une élection délibérément plate

Le Nouveau-Brunswick vient d’assister à ce qui était probablement sa campagne électorale la plus étrange de l’histoire. Les politiciens n’ont pas serré de mains, ni embrassé de bébés, ni servi de hot dogs dans les barbecues. Il n’y a pas eu non plus de rassemblements de partisans dans des salles trop petites qui donnent l’impression à la télé que leur candidat a le vent dans les voiles. Le tout semblait surréel, un peu comme regarder les séries de la LNH dans des arénas vides en août.

Comme il fallait s’y attendre, la campagne électorale n’a jamais vraiment pris son envol. Il est toujours difficile pour les politiciens d’attirer l’attention des électeurs pendant les belles journées d’été. Cette fois-ci, sans festivals ni autres rassemblements populaires et sans la possibilité pour les candidats de cogner aux portes – du moins, pour ceux qui ont suivi la consigne c’était pratiquement impossible.

Kim Campbell est célèbre pour avoir déclaré qu’«une élection n’est pas le moment de discuter de problèmes graves». C’est comme si cette élection avait été conçue sur mesure pour lui donner raison.

La plupart des gens prennent congé de la politique l’été et ne recommencent à y penser plus sérieusement qu’à la rentrée, après la fête du Travail. Cette année, c’était le 7 septembre, seulement une semaine avant les élections.

Que Blaine Higgs ait fixé la durée de la campagne électorale à son minimum de 28 jours, cela se comprend aisément. Ayant fait le pari de déclencher une élection en pleine pandémie, il a naturellement voulu minimiser le risque qu’une hausse du nombre d’infections ne mène les électeurs à exprimer leur mécontentement dans l’isoloir.

Cependant, rien ne l’aurait empêché d’attendre une ou deux semaines de plus avant de déclencher des élections afin que le jour du scrutin ait lieu plus tard en septembre. Pour ce faire, il n’aurait eu qu’à repousser ses négociations avec les partis d’opposition – négociations dont l’échec, faut-il le rappeler, lui a donné l’excuse nécessaire pour déclencher la première élection au Canada depuis le début de la pandémie.

Mais Blaine Higgs ne voulait pas d’un débat sur l’avenir du Nouveau-Brunswick. Il préférait plutôt que l’élection soit un référendum sur son leadership en temps de crise. Pour meubler ses points de presse quotidiens, comme il fallait bien avoir de quoi à dire, il s’est largement contenté de recycler ses vieilles promesses de 2018 ou encore les mesures annoncées dans le dernier budget. Son parti n’a publié sa plateforme électorale qu’à quelques jours du scrutin.

Les libéraux de Vickers, quant à eux, ont publié leur plateforme bien plus tôt, mais il faut dire que celle-ci était drôlement ficelée. Elle était riche en bonnes intentions, mais pauvre en détails concrets. Plusieurs de ses engagements majeurs étaient plus ou moins des clones d’initiatives déjà annoncées par le gouvernement Higgs. Le document contenait même une section qui promettait audacieusement de rétablir l’équilibre budgétaire d’ici 2023, mais qui, comble d’ironie, se proposait d’y arriver en adoptant des mesures qui auraient coûté de l’argent plutôt que d’en épargner.

Comme il était peu connu, Kevin Vickers avait pour défi principal de faire bonne première impression en démontrant qu’il était un leader sérieux, prêt prendre les rênes du pouvoir en ces temps de crise. Sa mission fut un échec, particulièrement auprès de l’électorat anglophone qu’il se devait à tout prix de séduire.