Une province divisée

Blaine Higgs a pu remporter son pari de former un prochain gouvernement majoritaire, mais il s’est buté plus que jamais à des portes fermées dans le nord francophone de la province. Malgré le fait qu’il a su s’entourer de proches collaborateurs francophones qui lui ont permis de dénicher plusieurs candidatures francophones bien ancrées dans leur communauté, le premier ministre élu n’a pas pu mettre fin à la méfiance d’une majorité de francophones à son égard. Maintenant qu’il peut gouverner sans l’appui du People’s Alliance, Blaine Higgs saura-t-il poser des gestes tangibles pour rebâtir des ponts avec le tiers de la population de cette province?

Les libéraux sous le leadership de Kevin Vickers ont connu une défaite électorale plus importante qu’en 2018. Le Sud-Ouest anglophone a voté massivement pour le parti progressiste-conservateur. Fort de sa défaite humiliante aux mains de la députée allianciste sortante de la circonscription de la Miramichi, Kevin Vickers n’avait pas d’autre choix que de remettre immédiatement sa démission comme chef du parti libéral. Les libéraux auront les quatre prochaines années pour dénicher un nouveau leader qui pourrait les conduire vers d’autres succès électoraux. La tâche ne s’annonce pas facile.

Il faut remonter près de cinquante ans en arrière pour identifier un chef libéral provenant du sud-ouest de la province. Robert Higgins de Saint-Jean avait succédé en 1971 à Louis Robichaud comme leader du parti libéral. Celui-ci sera défait par Richard Hatfield aux élections de 1974 et de 1978. Les libéraux devront profiter de leur passage au purgatoire pour faire une sérieuse introspection de leur défaite électorale.

La montée du Parti vert constitue une menace existentielle pour les libéraux. Ce sont les verts qui ont privé en 2018 Brian Gallant d’un second mandat. Ces élections ont permis aux troupes de David Coon de maintenir leurs acquis tout en augmentant la part des votes reçus à l’échelle provinciale. Plusieurs candidats verts ont terminé bon deuxièmes dans plusieurs circonscriptions. Une autre bonne nouvelle est que les verts, contrairement aux libéraux et aux progressistes-conservateurs, ont bénéficié du soutien tant des anglophones que des francophones.

Le People’s Alliance a pu sauver ses meubles en faisant réélire son chef et un autre de ses candidats. Comme Blaine Higgs a maintenant les coudées franches pour gouverner sans l’appui de Kris Austin, il devrait sérieusement s’atteler à la tâche de rapprocher son parti de la communauté francophone.

Blaine Higgs a laissé entendre qu’il n’avait pas l’intention de battre le record de longévité politique de l’ancien premier ministre Richard Hatfield qui a été au pouvoir pendant 17 ans. Les progressistes-conservateurs pourraient avant la prochaine échéance électorale de 2024 élire un nouveau chef. Ils devraient changer le mode d’élection de leur leader pour adopter celui du grand frère fédéral. Ainsi, les 49 circonscriptions électorales provinciales auraient le même poids et les militants des 16 circonscriptions majoritaires francophones du Nord pourraient faire pleinement entendre leurs voix. Blaine Higgs avait pu devenir chef du Parti progressiste-conservateur en 2016 avec aucun appui chez les francophones.