Derrière le résultat électoral, quelques messages

Les électeurs ont envoyé quelques messages importants à la classe politique néo-brunswickoise ce lundi. Au-delà du nombre de sièges octroyé à chaque parti, les proportions du vote populaire obtenues par chacun et la division du vote sur le territoire sont aussi des baromètres de l’humeur politique de la province.

Le premier élément marquant des résultats électoraux est la proportion du vote populaire qui est allée à chaque parti, de part et d’autre du spectre politique.

À la droite, on enregistre une baisse de popularité de la People’s Alliance, possiblement suite à l’ostensible absence de l’enjeu linguistique de la campagne de cette année. L’attrait de la rhétorique populiste allianciste semble demeurer limité dans la province; la base de ce parti n’est pas – ou peut-être pas encore – solide.

C’est une bonne nouvelle pour les progressistes-conservateurs, pour qui les votes alliancistes sont récupérables.

À la gauche, la performance du Parti vert devrait retenir l’attention, malgré le fait qu’elle ne s’est pas traduit en des sièges supplémentaires à Fredericton. La proportion du vote populaire vert a augmenté de plus du quart comparé aux élections de 2018; le parti a réussi à se hisser au deuxième rang dans 12 circonscriptions, transcendant la division francophone-anglophone.

Dans quelques circonscriptions où l’on a compté une majorité des votes à la gauche, comme Fredericton-Nord, Moncton-Est, et Moncton-Sud, les verts ont réussi à soutirer assez d’appuis aux libéraux pour permettre aux progressistes-conservateurs de se hisser en pole position. Un appétit réel se dessine parmi l’électorat pour un discours politique porteur d’une vision alternative pour la province, reposant, entre autres, sur des promesses environnementales plus ambitieuses. Ces résultats devraient être pris au sérieux par les libéraux, qui auront quatre ans devant eux pour se réinventer et se trouver un nouveau chef.

Le deuxième élément, plus inquiétant, découlant des résultats du vote, est évidemment la division de l’électorat sur le territoire. Encore une fois, francophones et anglophones, du nord au sud, se sont campés dans leur giron partisan respectif, à une exception près chez les libéraux comme chez les progressistes-conservateurs. Pour quiconque a suivi la politique provinciale depuis 2018, il n’y a pas grand-chose de surprenant dans cette observation.

Néanmoins, cette division s’est creusée de façon significative depuis les dernières élections. De nombreux candidats ont obtenu la victoire dans leur circonscription respective avec des majorités surprenantes dans un contexte multipartisan.

Ces résultats témoignent d’un élargissement du fossé partisan, voire de la montée d’une forme de tribalisme politique dans la province.

Or, d’autres l’ont remarqué, cette partisanerie exacerbée recoupe de façon quasi chirurgicale la division territoriale entre les deux communautés linguistiques. Malgré cette situation potentiellement explosive, au lendemain des élections, le premier ministre formulait des commentaires au ton plus méprisant que conciliateur, au Telegraph-Journal et à la CBC, au sujet du vote francophone. Si M. Higgs n’ajuste pas sa rhétorique, il ne devrait pas être surpris de voir que les plaies mises au grand jour par les résultats électoraux de lundi continuent à dégénérer. Détenant désormais un gouvernement majoritaire, il en sera le seul responsable.