Respirer par le nez!

On a l’indignation facile! Ce débordement très gaulois nous vient vite et très naturellement devant l’injustice, l’intolérance et le sens qu’on s’attaque à nos valeurs, à nos droits. Je sais de quoi je parle! Et pendant très longtemps, je vous aurais dit que c’était bien ainsi. Mais, un jour, il y a quelques années de cela, j’ai reçu une leçon magistrale.

Offusquée par une situation, j’ai réagi violemment qu’un de mes amis ne partage pas mon indignation ou, à tout le moins, mon désir de crier haut et fort. J’ai questionné son refus de prendre publiquement position puisque je le savais aussi en colère que moi. «Pourquoi ne rien dire?» lui ai-je demandé. Et la réponse m’a donné à réfléchir: «Parce que quand chaque côté aura fini d’échanger des insultes et de crier son indignation, il faudra bien trouver quelqu’un pour travailler à régler le problème et que seul celui qui n’aura pas participé au déballage public pourra le faire; ça sera moi.»

L’histoire lui a donné entièrement raison, en le mettant en charge de réparer les pots cassés.

Près de 40 années de militantisme, de prises de positions, d’expression de positions pour en arriver à enfin comprendre que, une fois passé le soulagement de s’être exprimé avec force et conviction, nos problèmes restent trop souvent entiers. Pour accepter ce qu’il faut de retenue et de bonne volonté pour réparer, retisser, rapprocher ceux et celles que tout sépare.

En ces lendemains électoraux douloureux, loin de moi l’idée de dire qu’il faut se taire, bosser du dos et accepter l’inacceptable. Absolument pas. Mais, pendant que certains montent aux barricades comme leur rôle l’exige, il est tout aussi essentiel d’identifier ceux et celles, individus ou organismes, qui resteront hors de la mêlée pour mieux servir l’intérêt général. Ce n’est pas un rôle glorieux que de se retenir lorsqu’il conviendrait de s’indigner mais, plus que jamais, l’Acadie a besoin de volontaires.