Latinos pour Trump?

L’électorat hispanique est-il appelé à être l’arbitre de la présidentielle américaine du 3 novembre? C’est en tout cas ce que donne à penser une série de sondages qui montre Donald Trump refermer considérablement l’avantage historique des démocrates parmi les électeurs latinos.

C’est le cas particulièrement dans les États clés du Nevada et de Floride. Dans ce dernier État, Trump va jusqu’à talonner dangereusement Biden. Cette soudaine remontée dans les sondages, à environ sept semaines du scrutin, suffit à faire naître l’hypothèse d’une chance réelle de réélection de Donald Trump.

En effet, bien que le démocrate Joe Biden continue de détenir une confortable avance nationale sur Donald Trump, la course à la présidence américaine s’est sensiblement resserrée dans certains États clés. D’où aussi l’importance que pourrait revêtir le vote des Latinos.

Quel est le poids des Latinos?

Les Latinos pèsent d’un poids réel dans la balance électorale américaine. Démographie qui est tout sauf monolithique, les Hispaniques représentent environ 27 pour cent de la population de la Floride et du Nevada, contre 18 pour cent à l’échelle nationale.

Cette année, un nombre record de 32 millions de Latinos devraient être éligibles pour voter aux élections de novembre, dépassant pour la première fois le nombre d’électeurs noirs éligibles.

Il y a quatre ans, la campagne d’Hillary Clinton perdait les élections en recueillant les deux tiers des suffrages hispaniques à l’échelle nationale, et plus de 60 pour cent en Floride.

Biden surclasse actuellement Trump dans l’État, mais sa marge parmi les électeurs vivant en Floride est plus faible que ne l’était celle de Mme Clinton, selon des sondages récents.

Or, la plupart des scénarios indiquent que Trump pourrait garder les clés de la Maison-Blanche s’il l’emportait en Floride et au Nevada, où il vient de tenir un de ces rassemblements controversés de campagne.

Que se passe-t-il avec les Latinos?

Des Latinos voter massivement pour Trump? Aussi invraisemblable qu’irrationnel. Depuis 2015 au moins, Trump a régulièrement dénigré les immigrants latinos comme des «violeurs». Et inventé des histoires d’horreur sur les caravanes de Latinos en direction du nord qui envahissent les États-Unis.

Trump a fait enfermer des enfants immigrés dans des conditions inhumaines, fustigé Porto Rico après qu’un ouragan a démoli l’île et demandé aux autorités américaines de séparer des familles et des détenus latino-américains auraient été agressés à huis clos.

Il a traité des pays centre-américains de «trou à merde». La gestion somme toute médiocre faite par Trump de la pandémie de COVID-19 a été responsable de la mort d’un nombre élevé de Latinos.

Donald Trump a donc fait tout ce qu’il pouvait pour irriter les électeurs latinos. Et pourtant, son soutien dans cette partie cruciale de l’électorat reste étonnamment stable, voire augmente.

Après l’élection de 2016, les sondages de sortie des urnes montraient que 28% des électeurs latinos soutenaient Trump; aujourd’hui, 30% le soutiennent.

Quel problème «latino» de Biden?

On peut faire remonter les problèmes de Biden avec les Latinos à la primaire démocrate. Bernie Sanders y a dominé le vote latino dans les grands États. En Californie, Sanders a remporté jusqu’à 71% des Latinos de moins de 30 ans.

La faiblesse de Biden en Floride a aussi quelque chose à voir avec la rhétorique antisocialiste de Trump qui assimile les démocrates aux régimes de gauche en Amérique latine, comme celui castriste à Cuba.

Chose encore plus inquiétante pour les démocrates: les jeunes hommes latinos nés aux États-Unis semblent de plus en plus enclins à voter Trump, apparemment intrigué par le succès en affaires du président.

«Aucun groupe n’a affiché une plus grande hausse statistique pour Trump que les hommes latinos de moins de 50 ans», trouve ainsi une étude.

Dans une élection qui s’annonce serrée, le soutien constant pour Trump même d’un sousensemble d’électeurs latinos est une menace réelle pour les démocrates. Pour inverser la tendance, Biden devrait agrémenter son discours de promesses inspirantes, en plus de celles portant sur l’immigration.

Les démocrates ont perdu l’élection de 2016 avec environ 66% des voix latinos.

Aujourd’hui, certains spécialistes estiment que les démocrates auront besoin d’environ 70% de ce vote pour reprendre la Maison-Blanche.