Un rare noble acadien: Philippe Mius d’Entremont, baron de Pobomcoup

La Nouvelle-France ne regorgeait pas de nobles, et encore moins de barons. Dans toute l’histoire de la colonie, très peu d’individus en Nouvelle-France ont été anoblis avec ce titre. En Acadie, il n’y en a eu qu’un: Philippe Mius d’Entremont, baron de Pobomcoup. Le titre sera transféré à quelques générations suivantes, puis aboli avec la Déportation.

Le baron, dans la hiérarchie de la noblesse, est plus élevé que le simple seigneur. Il y a eu quelques seigneuries en ancienne Acadie, comme celle de Beaubassin, de Grand-Pré ou de Port-Royal. On ne sait pas trop pourquoi Philippe Mius d’Entremont a été fait «baron» plutôt que «seigneur». Et surtout, si ce plus titre plus élevé, en principe, lui a valu quelque avantage supplémentaire.

Toujours est-il que Philippe Mius d’Entremont est né vers 1609 en Normandie. On ne connaît pas le nom de ses parents. Même le «d’Entremont» demeure un mystère. Certains sites généalogiques lui donnent comme mère Béatrice Coligny d’Entremont, originaire de Savoie et comme père un certain d’Albun, baron de Meuillon et de Montauban, fils d’un gouverneur de Marseilles.

Si Philippe Mius a eu Béatrice Coligny d’Entremont comme mère, cela ferait de lui le petit-fils de la comtesse Jacqueline de Montbel d’Entremont, unique héritière de cette famille savoyarde. Or, après s’être convertie au protestantisme, cette comtesse n’avait épousé en secondes noces nul autre que l’amiral Gaspard II de Coligny, chef des protestants de France au début des guerres de religion, et qui a été assassiné dans son lit lors du tristement célèbre «Massacre de la Saint-Barthélémy» en 1572. Coligny serait-il l’ancêtre des Mius d’Entremont?

Tout cela nous donne de belles histoires à raconter autour du feu, mais pour l’instant, elles n’ont pas été confirmées par des experts.

Quelles que soient ses origines, Philippe Mius d’Entremont arrive en Acadie en 1651, à titre de lieutenant-major et commandant des troupes du roi, en compagnie de son ami Charles de Saint-Étienne de La Tour. Celui-ci revenait de France ayant été confirmé seul gouverneur de l’Acadie, un an après la mort de son ennemi juré, Charles d’Aulnay. D’Entremont s’installe dans la colonie avec sa femme, Madeleine Hélie et leur fille Marie-Marguerite.

En 1653, La Tour érige, par des lettres patentes, la baronnie de Pobomcoup, et l’accorde à Philippe Mius d’Entremont et à Pierre Ferrand – un autre Français venu avec eux en 1651 – en récompense «des services rendus» par les deux hommes. On perd la trace de ce Pierre Ferrand et sa famille; ils ne figurent pas au recensement de 1671. Philippe Mius d’Entremont restera seul baron.

La signature de Philippe Mius d’Entremont.

Cette baronnie de Pobomcoup (maintenant Pubnico) était située dans le sud de la Nouvelle-Écosse actuelle et s’étendait du Cap Nègre au Cap Fourchu, comprenant le Cap Sable (régions actuelles de Yarmouth et de Barrington).

On dit que le baron d’Entremont aura été l’un des rares seigneurs en Acadie à avoir défriché la terre et à s’occuper de la culture. Plusieurs familles acadiennes de Port-Royal viendront s’installer à Pobomcoup. Un «château» féodal sera même érigé près de l’entrée du havre de Pobomcoup.

En 1670, le nouveau gouverneur de l’Acadie nomme Philippe procureur du roi, une fonction qu’il occupera pendant 18 ans, donc jusqu’à l’âge très avancé de presque 80 ans. Il va quitter à un moment donné Pobomcoup pour s’installer à Port-Royal, laissant sur place son fils Jacques à qui il transfert son titre de baron.

Fin 1700 ou début 1701, Philippe Mius d’Entremont meurt à l’âge vénérable de plus de 90 ans. Certains situent son décès à Port-Royal, alors que le prêtre-historien et généalogiste Clarence J. d’Entremont souligne qu’il vivait alors à Grand-Pré chez sa fille aînée Marie-Marguerite, qui avait épousé Pierre Melanson dit La Verdure.

La région de Pobomcoup sera au départ épargnée par la première vague de déportation de 1755, probablement parce que l’établissement était isolé. Il faudra quelques expéditions pour vider le territoire de ses quelques centaines d’Acadiens.

En 1756, une première déportation a lieu dans la région du Cap-Sable. Plus de 70 Acadiens sont transportés à Boston; certains iront en Caroline du Nord. Une deuxième attaque est menée en 1758 par plus de 300 soldats partis d’Halifax, à bord de quatre navires. Ils ne réussissent à capturer qu’environ 70 Acadiens qui seront déportés en France.

Puis, en 1759, environ 150 Acadiens se rendent et sont également déportés en France.

Lors du retour de la paix et avec maintenant la permission des autorités de s’installer en Nouvelle-Écosse en petits groupes éloignés les uns des autres, quelques familles acadiennes, dont celles trois arrière-arrière-petits-fils de Philippe Mius d’Entremont, déportés au Massachusetts, reviendront de leur exil et s’installeront dans l’ancienne baronnie de Pobomcoup.

– Gracieuseté

Revanche sur l’Histoire, les descendants de Philippe Mius d’Entremont sont toujours très nombreux dans la région. Les familles d’Entremont ont pour ancêtre Jacques Mius d’Entremont fils – héritier du titre de baron – fils de Jacques, fils de Philippe.

Quant aux familles Mius, Miuse et Meuse, elles descendent de Joseph Mius d’Azy, fils de Philippe Mius (d’Azy), fils de Philippe.