Sortir la province du statu quo

L`élection d’un gouvernement progressiste-conservateur majoritaire dirigé par Blaine Higgs a provoqué un mini électrochoc électoral chez certains francophones. Il faut remonter aux élections de 1991, où le parti Confederation of Region (CoR) avait créé la surprise en élisant 8 de ses candidats et former l’opposition officielle à Fredericton, pour ressentir le même phénomène. Près de 30 ans plus tard on peut comprendre que Blaine Higgs, qui était à cette époque un militant et candidat du CoR, puisse susciter certaines inquiétudes dans la communauté francophone.

Blaine Higgs va-t-il profiter de la situation majoritaire de son gouvernement pour remettre en question les acquis obtenus grâce aux gouvernements progressistes-conservateurs de Richard Hatfield et de Bernard Lord? Pour le moment l’entourage francophone du premier ministre élu se veut rassurant.

Le nouveau gouvernement progressiste-conservateur voudra-t-il mener à bien les importantes réformes au niveau de la gouvernance locale et municipale de même que de la taxation? Le secteur de la santé doit aussi faire l’objet d’un examen attentif. Les réformes du programme de Chances égales pour tous du gouvernement de Louis Robichaud ont permis de faire entrer le Nouveau-Brunswick dans le 20e siècle. Le gouvernement de Blaine Higgs pourrait amener cette fois-ci notre province dans le 21e siècle?

Ça serait l’occasion de tenir compte des réalités géographique, économique et linguistique de la province pour procéder à une décentralisation régionale. Bien sûr, il n’est nullement question de revenir aux gouvernements de comtés qui étaient criblés de dettes et dysfonctionnels.

La réponse de l’époque a été de créer de toute pièce à Fredericton une administration provinciale hyper centralisée fonctionnant essentiellement en anglais. La dimension culturelle et linguistique n’a pas été prise en compte lors de la mise en œuvre des changements en 1967. Ce n’est qu’en 1969 qu’une Loi sur les langues officielles sera adoptée afin de rendre officiellement bilingue la province.

La réponse aux revendications linguistiques ne peut reposer uniquement sur une Loi plus robuste sur les langues officielles et un Commissariat chargé de son application. Des changements structurels s’imposent. De nombreux pays dans le monde ont opté pour une approche décentralisée dans la gestion et la livraison des programmes et des services publics. À titre d’exemple, 80% des fonctionnaires en Suède ne sont pas dans la capitale, mais sont plutôt déployés sur l’ensemble du territoire.

Il faut se rendre à l’évidence que jamais la fonction publique provinciale ne fera une véritable place à la langue française dans son fonctionnement. Les fonctionnaires francophones ont longtemps compris quelle était la langue dominante. Une décentralisation régionale permettrait à la majorité des fonctionnaires de travailler dans leur langue.

On pourrait être plus exigeant au point de vue du bilinguisme pour les fonctionnaires travaillant dans la capitale et moins pour ceux en région. Le transfert de compétences à des administrations régionales permettrait une prise de décision et une gestion collant davantage aux réalités et aux besoins locaux.

Blaine Higgs a une occasion unique de sortir la province du statu quo.