Discours du Trône: Quand l’ambition rencontre la deuxième vague

Les parlementaires ont été rappelés hier à Ottawa en vue du discours du Trône, après une prorogation de six semaines. Des dires du premier ministre, cette pause devait être pour le gouvernement l’occasion de réfléchir à la mise en œuvre d’un plan «audacieux, inclusif et vert» pour le pays au sortir de la crise de COVID-19.

Or, les choses ont changé depuis. La sortie de crise semble plus lointaine aujourd’hui, la deuxième vague de COVID-19 cognant aux portes de plusieurs régions du pays. Le gouvernement semble avoir freiné certaines de ses ambitions au profit de la sortie de crise.

Par exemple, le revenu de base garanti, l’assurance-médicaments universelle, et un plan ambitieux d’infrastructures vertes, mesures étudiées par le gouvernement selon les rumeurs, ne se retrouvent nulle part dans le discours du Trône. On y parle plutôt de l’obtention d’un vaccin, de la hausse des normes nationales dans les foyers de soin de longue durée, et de la prolongation de la Subvention salariale d’urgence.

Certaines annonces demeurent importantes. Sur le soutien aux femmes, le gouvernement livre la marchandise, promettant des investissements massifs dans les services de garde. On propose aussi d’investir dans le transport écologique – notamment par une première annonce vers la transition de l’usine Ford, à Oakville, vers la production de véhicules électriques. Et on promet de s’attaquer au racisme systémique, à redoubler d’efforts envers la réconciliation, ainsi qu’à « renforcer » (et non moderniser, nuance importante) la Loi sur les langues officielles; reste à voir ce que tout cela signifie en termes concrets.

Exceptionnellement, ce discours fut assorti d’une adresse à la nation où le premier ministre a résumé ses plans pour faire face à la crise. Ce discours ressemblait surtout à un désaveu de la gouverneure générale, qui a mis dans l’embarras le gouvernement depuis l’été dernier.

Ces annonces sont assorties d’une absence d’un plafond du ratio de la dette par rapport au PIB, et laissent présager que nous verrons une «mise à jour économique» plutôt qu’un budget en bonne et due forme. Voilà qui ne rassurera pas les conservateurs fiscaux, à un moment où le gonflement de la dette inquiète. Si «l’heure n’est pas à l’austérité», les Canadiens sont en droit de savoir de quoi ont l’air les coffres de l’État.

Elles empiètent aussi sur les compétences provinciales, piquant au vif les premiers ministres provinciaux (et le Bloc québécois) qui souhaitaient surtout obtenir du fédéral une promesse d’augmentation des transferts en santé, leur laissant les coudées franches pour dépenser ces fonds à leur guise.

Les conservateurs et les bloquistes et ont déjà annoncé qu’ils n’appuieraient pas ce discours du Trône. Les néo-démocrates, pour leur part, n’ont pas obtenu les congés de maladie payés (une autre mesure de compétence provinciale, soit-dit en passant) qu’ils souhaitaient, mais ils pourraient l’arracher par l’entremise d’un amendement. Le gouvernement libéral vivra-t-il un autre jour? C’est probable, mais la table est désormais mise pour de nombreuses batailles, non seulement avec l’opposition, mais aussi avec les provinces.